Macron, Bern et le Loto au secours du patrimoine en péril

French president Emmanuel Macron (L), his wife Brigitte Macron (C), French TV host, cultural heritage adviser Stephane Bern (2R) and French Culture Minister Francoise Nyssen

Emmanuel Macron, Stéphane Bern et le Loto ont lancé jeudi la mobilisation pour sauver des centaines de monuments historiques en péril aux quatre coins de toute la France. « Le patrimoine, c’est une cause nationale », a déclaré le chef de l’Etat devant près de 500 acteurs de ce secteur rassemblés à l’Elysée.

« Quand on parle du patrimoine, on parle de l’identité de notre pays » et, de ce fait, « il appartient à tous », a-t-il ajouté en face des porteurs des 270 projets sélectionnés par la mission menée par Stéphane Bern, dont il a salué « la force de conviction ». « Notre pays a besoin de porter des projets avec fierté. Il n’y a pas de division dans ces projets », a-t-il souligné. Emmanuel Macron avait débuté cette « journée de mobilisation » en visitant le château de Voltaire, tout juste remis à neuf, dans le petit village de Ferney-Voltaire (Ain) près de la frontière franco-suisse. « Le patrimoine est une véritable mine d’or », a affirmé Stéphane Bern, en soulignant que, grâce à lui, la France était « le pays le plus visité au monde, avec 89 millions de visiteurs » par an. Mais l’animateur d’émissions historiques s’est dit « désespéré de voir l’état dans lequel un grand nombre de bâtiments sont laissés à l’abandon », notamment faute de moyens, a-t-il ajouté. « C’est la ruralité » qui est en jeu « car 50% du patrimoine sont dans des communes de moins de 2.000 habitants ». L’objectif est de susciter une grande mobilisation populaire autour d’une loterie et d’un jeu de grattage qui seront lancés à la rentrée pour financer la rénovation de ces monuments.

Ce Loto, qui sera répété chaque année selon M. Macron, sera proposé le 14 septembre, veille du week-end des Journées du patrimoine, et doté d’un jackpot de 13 millions d’euros, équivalent à celui d’un tirage exceptionnel du vendredi 13. Le jeu à gratter « patrimoine » lancé le 3 septembre sera, lui, doté d’un gain maximum d’1,5 million d’euros, un montant inédit pour ce type de jeu. Ces gains « exceptionnels » seront au service de la « grande cause » du patrimoine, a affirmé la PDG de la Française des Jeux Stéphane Pallez.

Pour le jeu à gratter, 12 millions de tickets grand format seront ornés de 13 des 18 principaux monuments choisis par la mission « Patrimoine en péril », et vendus 15 euros pièce, « ce qui permet de proposer des gains exceptionnels ». La FDJ attend de ces jeux des recettes de 15 à 20 millions d’euros, qui seront affectés à un fonds spécifique baptisé « Patrimoine en péril ».

« Ces 15 millions d’euros sont une goutte d’eau », a précisé Stéphane Bern, mais « ils donnent le sentiment aux Français que le patrimoine appartient à chacun d’entre eux » et cela « va leur donner envie de se mobiliser ».

Tout en saluant ce loto exceptionnel, le député LR Gilles Carrez, rapporteur spécial du budget Patrimoine, a regretté qu’il vienne après des coupes budgétaires bien supérieures. « Une quinzaine de millions de plus d’un côté claironnée dans l’enthousiasme, et en même temps une cinquantaine de millions de moins constatée dans l’indifférence. Ne nous faudrait-il pas une politique de conservation de notre patrimoine plus cohérente? », a-t-il souligné dans un communiqué.

Les besoins sont énormes puisqu’il « faudrait deux milliards d’euros pour sauver les 2.000 monuments » identifiés par la mission Bern, a estimé Guillaume Poitrinal, président de la Fondation du patrimoine.

L’Etat a engagé pour 2018 326 millions d’euros pour le patrimoine, « en progression de 5% », selon la ministre de la Culture Françoise Nyssen. « Sur les 44.000 monuments inscrits ou classés, 6.000 bénéficient chaque année d’opérations de restauration », a-t-elle rappelé.

La mission Bern a sélectionné 18 projets « emblématiques », soit un par région métropolitaine et cinq pour l’outre-mer, dont la maison de Pierre Loti, la Maison rouge de Saint-Louis de La Réunion, la Rotonde Montabon (Sarthe) ou la villa Viardot à Bougival (Yvelines).

« Voltaire aurait été heureux de voir le château retrouver cette forme », a commenté Emmanuel Macron en visitant Ferney-Voltaire, réhabilité par l’Etat pour neuf millions d’euros. Il en a profité pour célébrer la figure du philosophe des Lumières, « un esprit libre dans un temps où la religion servait à justifier le pire et aussi la tyrannie du politique ».

 

Les 18 monuments en péril aidés en priorité par le loto du patrimoine

D’un ancien monastère franciscain en Haute-Corse à la Maison de Pierre Loti à Rochefort, 18 monuments en péril ont été choisis pour être aidés en priorité grâce aux futures recettes du loto du patrimoine.

Cet ancien hospice de briques rouges et de pierres calcaires a été fondé en 1304 par la reine Jeanne de Navarre. Reconstruit aux XVIIe et XIXe siècles et géré jusque dans les années 1960 par les soeurs augustines. Sa réhabilitation en musée de l’histoire hospitalière nécessite plus de 7,5 millions d’euros de travaux.

Ce château du XVIIIe siècle avec jardin symétrique, plan d’eau et arboretum est classé depuis 1975, notamment pour ses façades et toitures et certaines pièces avec leur décor. Racheté en 2012 par un jeune homme « amoureux du patrimoine », il est également soutenu par une association qui veut le restaurer et l’embellir.

A Bar-le-Duc, le « Théâtre des Bleus de Bar », construit en 1900 en béton armé par un commerçant, a été racheté aux enchères par une oeuvre catholique.

Trois Meusiens s’investissent depuis 2015 dans la réhabilitation de ce théâtre à l’italienne dont le coût est estimé à 1,6 million d’euros.

Construite en 1830, cette villa de style palladien avait été rachetée en 1874 par l’écrivain russe Ivan Tourgueniev. Elle fut habitée par la cantatrice Pauline Viardot qui y tenait salon, recevant les écrivains et les grands compositeurs de l’époque. Un projet de Centre européen de musique englobant la villa Viardot, la datcha et la villa Bizet toute proche est en cours d’élaboration.

Ce château de style Renaissance fut la propriété du comte Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693), militaire, écrivain et pamphlétaire. Mis à l’écart par Louis XIV pour ses écrits décrivant les frasques de la cour, il décora son château d’environ 500 portraits aux commentaires parfois caustiques des membres les plus importants de la cour.

Classé monument historique depuis 1862, le château fut racheté par l’Etat en 1929. Construite en 1891, cette rotonde ferroviaire pour locomotives est aujourd’hui la dernière à présenter des dispositions aussi proches de l’état d’origine. Sauvé par un particulier d’une destruction programmée par la SNCF, le site est classé depuis 2010. Construit à partir de 1755 sur l’îlot rocheux éponyme, cet ancien fort militaire protégeait l’archipel des Glénans des incursions de navires corsaires anglais et hollandais. Resté inachevé et classé depuis 2013, il est aujourd’hui utilisé par les stagiaires du centre nautique des Glénans.

Classée monument historique en 1908, l’église, dont la nef date du XIIe siècle, est renommée pour sa façade romane avec une porte centrale flanquée de deux arcades aveugles. « Un petit miracle », selon le maire de la commune, Alain Morève. Chambre arabe, salon turc, mosquée, salle gothique : derrière la façade banale d’une rue de Rochefort, la maison de l’écrivain voyageur Pierre Loti (1850-1923) regorge de trésors orientalisants, mais ses portes restent closes depuis cinq ans dans l’attente d’un très onéreux chantier de rénovation.

L’aqueduc romain du Gier est l’un des quatre ouvrages qui alimentaient en eau la ville de Lugdunum. Captant l’eau du Gier (Loire), il la transportait sur 86 kilomètres jusqu’à la colline de Fourvière, coeur de la cité romaine à la confluence de la Rhône et de la Saône.

Quelques morceaux de l’ouvrage sont toujours visibles aujourd’hui, notamment 72 arches à Chaponost, aux portes de Lyon.

Classé monument historique depuis 1990, l’hôtel de Polignac, édifié le long des remparts de Condom entre 1773 et 1777 et achevé peu avant la Révolution, recevra 780.000 euros pour la réfection de ses façades de calcaire blond. Autrefois tribunal d’instance, l’édifice abrite aujourd’hui une école élémentaire publique. Ouvrage en pierres de taille composé de deux arches, le pont d’Ondres, long de 41 mètres, date de la fin du XVIIe siècle et enjambe le Verdon au niveau de Thorame-Haute (Alpes-de-Haute-Provence). Il a été classé monument historique en 1977. Cet ancien monastère franciscain construit en 1486 est vide depuis le début des années 1970 après avoir accueilli de 1952 à 1967 une école privée catholique. Des travaux de rénovation ont débuté en 2008 sous l’égide de la municipalité, aidée à partir de 2012 par la Fondation du patrimoine. La maison du poète, dramaturge et homme politique date des années 1930.

L’Institut Césaire compte en rénover la toiture, le mur d’enceinte et les jardins et transformer une partie de la propriété en musée. Construite au XVIIIe siècle par des Jésuites, l’habitation sucrière Bisdary a été plusieurs fois endommagée au cours des siècles par des incendies et ouragans. Son aqueduc, son mur de soutènement et sa terrasse sont inscrits aux monuments historiques depuis 2007. Ossature de bois et remplissage en briques, ce bâtiment, construit autour d’un jardin à la française, apparaît en 1870 sur les plans de la ville de Saint-Laurent du Maroni.

La Maison du receveur des douanes est inscrite au registre des monuments historiques en mars 2016. Cet ancien domaine cafétier, céréalier puis sucrier du XVIIIe siècle, est classé depuis 2004. Il est prisé pour son organisation spatiale, qui permet d’observer les développements successifs du domaine. Il abrite aujourd’hui le Musée des Arts décoratifs de l’Océan Indien.

Les 400 hectares du domaine de Soulou abritent une ancienne usine sucrière et une exploitation. Créé en 1856, le domaine a été en grande partie détruit 32 ans plus tard par un cyclone. On y trouve encore moulin à canne, hydroextracteurs et autres engins nécessaires à cette industrie