Le luxembourgeoiset l’école / De l’Ecole

On avait rarement vu un Claude Meisch aussi satisfait que lors de la présentation du sondage par TNS-ILRES intitulé «Enquête sur le rôle de la langue luxembourgeoise au sein de la société». En effet, pour une fois, les chiffres semblent lui donner raison, et, dans le dossier de presse de l’événement, il ne manque pas de le souligner: «Au total, 76% des sondés approuvent les actions entreprises par le gouvernement pour la promotion du luxembourgeois. La nationalité et les compétences linguistiques des sondés n’ont que peu d’influence sur ce résultat. L’approbation est largement partagée dans la société.» Déjà sur ce point, on devrait nuancer un peu l’enthousiasme du ministre puisque sur les sondés ne parlant pas le luxembourgeois, cette approbation retombe à 59%.

Cependant, ce n’est pas là le volet qui m’intéresse en premier lieu; le thème de ma chronique étant l’école, je me pencherai avant toute chose sur le lien entre la langue luxembourgeoise et mon domaine de prédilection. De fait, le terme «école» n’apparaît pas souvent dans le questionnaire proposé par l’institut de sondage. Dans son dossier, celui-ci ne l’utilise qu’une seule fois en tant que réponse possible à la question suivante: «Qui doit s’occuper du rôle et de l’importance de la langue luxembourgeoise au sein de la société?»

Les réponses à cette question font une fois encore triompher le ministre: «Pour la grande majorité des sondés (88%), l’école est une l’instance importante quand il s’agit de s’occuper du rôle de la langue luxembourgeoise au sein de la société. Pour 44%, c’est même l’instance la plus importante. Ce résultat conforte les actions du ministère de l’Education nationale pour développer et renforcer systématiquement l’apprentissage du luxembourgeois, dès la petite enfance et jusqu’à l’apprentissage pour adultes.»

Il faut cependant avouer que pour tout type d’apprentissage, c’est toujours vers l’école qu’on se tourne en première instance. Combien de fois entend-on des représentants d’associations, aux objectifs a priori fort louables, exiger que l’école intègre leur problématique dans ses cours? Le triomphalisme de Meisch me semble donc hors sujet.

Si la langue luxembourgeoise constitue le sujet premier du sondage, il est évident que les autres langues prises en compte doivent aussi nous intéresser. Notons que dans le palmarès des langues parlées au pays, le luxembourgeois (77%) ne figure qu’en 4e position derrière le français (98%), l’anglais (80%) et l’allemand (78%). Il faut comparer ces résultats avec les réponses données par les sondés à la question: «A votre avis, quelle langue devrait être la langue d’intégration utilisée au Luxembourg?» Comme 1re langue d’intégration, on retrouve ainsi le luxembourgeois (60%), et ensuite le français (33%). Il s’agit toutefois de nuancer une fois encore si l’on ajoute le 2e choix: le luxembourgeois passe à un total de 83%, le français à 79%, donc presque le même score. Une 2e nuance apparaît si l’on compare ceux qui parlent notre langue à ceux qui ne la parlent pas: 70% pour le luxembourgeois dans le 1er groupe, 23% seulement dans le 2e groupe. Le détail des réponses données ne permet pas d’en arriver à des conclusions aussi péremptoires que celles que nous donne le ministre. La question des langues continuera longtemps encore à être discutée, surtout si des populistes à la Keup obtenaient de bons résultats aux élections.

André Wengler