Le Nobel de la paix à la campagne antinucléaire ICAN

Le prix Nobel de la paix a récompensé vendredi la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) pour ses efforts contre ces armes de destruction massive au coeur de tensions internationales en Iran et Corée du Nord.

« Nous vivons dans un monde où le risque que les armes nucléaires soient utilisées est plus élevé qu’il ne l’a été depuis longtemps. Certains pays modernisent leurs arsenaux nucléaires, et le danger que plus de pays se procurent des armes nucléaires est réel, comme le montre la Corée du Nord », a déclaré la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen, qui a appelé les puissances nucléaires à entamer des « négociations sérieuses » en vue d’éliminer leur arsenal.

 

La lutte antinucléaire favorite pour le Nobel de la paix

 

Après les prix scientifiques et de littérature, le Nobel de la paix va être attribué ce vendredi à Oslo avec pour favoris des efforts visant à éliminer les armes nucléaires ou empêcher leur prolifération.

Les artisans de l’accord sur le nucléaire iranien ou la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) tiennent la corde selon les experts… qui se trompent plus souvent qu’à leur tour. À moins que le comité Nobel norvégien ne tresse des lauriers au Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), à un « Docteur miracle » congolais ou encore aux Casques blancs syriens.

Le choix de ses cinq membres sera annoncé à 11H00 (09H00 GMT) à l’Institut Nobel. Tout pronostic est hasardeux puisque la liste des candidats reste secrète pendant au moins 50 ans. D’eux, on ne connaît que le nombre — l’Institut dit avoir reçu 318 candidatures cette année — et les noms qu’ont bien voulu dévoiler les personnes habilitées à déposer une candidature (parlementaires et ministres de tous les pays, anciens lauréats, certains professeurs d’université…).

Après le président Juan Manuel Santos, récompensé l’an dernier pour ses efforts visant à ramener la paix en Colombie, les commentateurs conviennent que la lutte antinucléaire mériterait d’être consacrée. L’ex-secrétaire d’État américain John Kerry et les chefs de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et européenne Federica Mogherini sont considérés comme de solides prétendants pour leur rôle dans l’accord de 2015 qui impose de strictes restrictions au programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions. « Ce serait un très bon prix, très impopulaire pour certains, très populaire pour d’autres », estime l’historien spécialiste du Nobel Asle Sveen. D’autant que le président américain Donald Trump, qui a menacé dans le passé de « déchirer » l’accord, doit certifier avant le 15 octobre auprès du Congrès que Téhéran respecte bien ses engagements. Selon le Washington Post, il aurait décidé de ne pas le certifier, ouvrant la voie à une réimposition de sanctions. « Si Trump renonce à l’accord, ce sera aussi un signal à la Corée du Nord qu’il est impossible d’avoir un accord décent avec les États-Unis parce qu’on ne sait pas ce qu’ils en feront », souligne M. Sveen.

Le président américain et le leader nord-coréen Kim Jong-Un ont échangé des salves de propos belliqueux ces dernières semaines après un nouvel essai nucléaire et des tirs de missiles par Pyongyang. Une alternative pourrait être la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN).

Cette coalition mondiale d’ONG a poussé à l’adoption en juillet d’un traité historique d’interdiction de l’arme atomique, cependant affaibli par l’absence des neuf puissances nucléaires.

Alors que le nombre des déracinés a atteint un nouveau record de 65,6 millions de personnes l’an dernier, le HCR peut aussi prétendre à un troisième Nobel de la paix, après ceux de 1954 et 1981. « Le HCR a démontré sa capacité et son intégrité dans la défense des droits et besoins des réfugiés à maintes reprises », souligne le directeur de l’Institut de recherche pour la paix d’Oslo (Prio), Henrik Urdal. « Ils travaillent inlassablement pour réparer les conséquences de la guerre sur des théâtres comme la Syrie, l’Afghanistan et le Soudan du Sud », fait-il valoir. Les Casques blancs syriens et le pape François comptent, eux, parmi les favoris des bookmakers.

D’autres noms circulent: le docteur congolais Denis Mukwege qui vient en aide aux victimes de violences sexuelles, l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), le blogueur saoudien emprisonné Raef Badaoui ou des voix indépendantes en Russie (Svetlana Gannouchkina et le journal Novaïa Gazeta) et en Turquie (le quotidien Cumhuriyet et son ex-directeur en exil, Can Dundar).

Mais le comité Nobel peut également réserver des surprises comme en 2015 avec le Quartette pour le dialogue national en Tunisie. C’en serait une grosse si le prix devait aller au leader nord-coréen Kim Jong-Un coté à… 501 contre 1 sur un site de paris en ligne, loin derrière Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine, tous deux à 101 contre 1. Le prix de la paix est le clou de la saison Nobel.

Les autres prix, décernés à Stockholm, ont fait la part belle aux hommes et aux Anglo-saxons. Le prix de médecine a été attribué lundi à trois généticiens américains, celui de physique mardi à trois astrophysiciens également américains, et celui de chimie mercredi à un Suisse, un Américain et un Britannique. Le Nobel de littérature a lui récompensé jeudi le Britannique d’origine nippone Kazuo Ishiguro.