L’UE: l’état de grâce

L’Europe, ça s’explique

A en croire l’Eurobaromètre, l’euroscepticisme serait en net recul. Il n’y aurait donc, en ce début d’été, plus d’obstacles à une relance de l’intégration européenne? Pas si sûr. Certes, aucun Etat membre de l’Union européenne, à l’heure actuelle, n’envisage de quitter l’UE, même pas les pays de Visegrad – la Hongrie, la Pologne, la Tchéquie ou la Slovaquie. L’on doit notamment à la «bande des quatre» l’opposition catégorique à tout partage des charges en matière d’accueil des réfugiés. Si leurs dirigeants tendent la main à leurs partenaires, c’est pour recevoir. Par contre, ils secouent la tête dès qu’on leur réclame un rien de solidarité. La crise dite des réfugiés a pu mettre en évidence l’attitude lamentable de la plupart de nos Etats membres dès que la nécessité d’agir en commun se manifeste.

Quant aux élections législatives qui ont eu lieu aux Pays-Bas et en France, leur issue a été franchement rassurante. Les détracteurs de l’Europe n’ayant pas réalisé le score espéré restent écartés du pouvoir exécutif dans leurs pays respectifs. Pour le reste, le président Trump, favorable au Brexit et appelant de ses vœux la fin de l’UE, a réussi, sans le vouloir, à réveiller les Européens. Ceux-ci prennent enfin conscience de leurs responsabilités, du jamais vu si l’on fait abstraction du séisme politique déclenché par la fin de la guerre froide et des tout débuts de la construction européenne dans les années 1950.

Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes? Pas tout à fait. Les adeptes d’une Europe plus solidaire, plus unie et plus démocratique savent pertinemment que l’embellie observée dans le ciel européen pourrait rester assez limitée dans le temps, et ce, pour une raison évidente. Un rôle clé revient, en effet, à la France et à l’Allemagne. Le nouveau président français a encore devant lui un peu moins de cinq ans pour initier ou contribuer à faire évoluer les grands chantiers européens avec les autres Etats membres, et avant tout avec l’Allemagne qui, elle, dispose de moins de temps encore, les élections allemandes ayant lieu tous les quatre ans.

Or quatre ans, c’est très peu si l’on veut faire aboutir des réformes institutionnelles, voire des changements de traité. Et pourtant, le Vieux Continent, s’il ne veut pas finir par être déclassé, doit améliorer son fonctionnement, se rendre compte que la fin de la tutelle américaine le place devant l’immense responsabilité de prendre en main son propre destin.

Il sera douloureux, le processus d’émancipation des Vingt-Sept. Ce n’est pas pour autant une raison de l’esquiver. Macron a pris des engagements courageux lors de sa campagne électorale. La chancelière allemande, encore très évasive dans ses prises de position au lendemain de l’élection présidentielle française, semble avoir compris, entretemps, qu’elle devra emprunter la voie tracée par Macron.

On aura rarement vu réunies tant de conditions à la relance du projet européen qu’en cette année 2017. Cependant, il faut se garder de crier victoire trop tôt, car le temps présent est tout au plus un état de grâce. On sait quand il commence, mais personne ne peut prédire sa durée. Il importe dès lors de saisir la présente opportunité sans perdre une seule journée. N’oublions pas que, contrairement à l’état d’urgence, un état de grâce ne peut pas être prolongé par une décision politique.

Charles Goerens