L’UE joue gros / La politique migratoire européenne

Jacques Hillion / Malheureusement, nous ne cessons de tourner en rond.» Cette petite phrase de Jean Asselborn à l’issue du conseil Justice et Affaires intérieures sur les questions d’asile et de solidarité en dit long sur l’état de l’Union européenne et sur son échec en matière migratoire. En gros, l’Europe est une communauté dont la plupart des membres acceptent de mettre de l’eau dans leur vin afin de construire des compromis. Celui proposé par la présidence bulgare a été retoqué. Il n’était pourtant pas d’un progressisme outrancier puisqu’il prévoyait seulement d’alléger la responsabilité des pays en première ligne pour l’accueil des migrants tout en limitant les flux vers les autres membres.

L’échec est patent mais ne remonte pas à mardi, date dudit conseil. Il s’insinue pernicieusement dans les esprits et se construit avec les discours démagogiques des partis populistes et de l’extrême droite qui prennent le dessus et, par là même, se renforcent. L’apparition, ces derniers jours, d’un nouvel arc alpin (Italie, Autriche, Slovénie) populiste et nationaliste en apporte la preuve. Il consolide le nationalisme du groupe de Visegrad. Lequel a refusé d’aider l’Italie dans l’accueil des demandeurs d’asile pour finalement l’attirer dans ses bras.

Il ne faut pas se voiler la face, le discours d’exclusion contamine les partis traditionnels qu’ils soient conservateurs, libéraux ou socio-démocrates. Les politiques migratoires des pays d’Europe de l’Ouest (France, Belgique, Pays-Bas), en opposition à celles des pays de l’Est, prônent, elles aussi, la fermeture des frontières, même si elles le réfutent.

La sous-traitance de la politique migratoire à la Turquie en 2016 en renforce la démonstration tout comme les remises en cause de Schengen pour contrer le terrorisme ou les migrations illégales.

L’Union européenne a une belle épine dans le pied. En tout état de cause, l’impossibilité de trouver un accord sur les questions d’asile et de migration économique mettra à mal la cohésion européenne. Ne serait-ce que parce que le flux ne se tarira pas et qu’il existe encore des voix pour dire qu’il est nécessaire à la vitalité aussi bien économique que démographique européenne.

L’Europe n’a rien à gagner en s’érigeant en forteresse, mais elle a beaucoup à perdre en termes d’unité. Ce qui signerait la victoire des populistes et autres extrémistes.