L’UE exhorte Moscou et Washington à sauver le traité nucléaire de 1987

European Union Foreign Policy Chief Federica Mogherini

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a exhorté mercredi la Russie et les Etats-Unis à préserver le traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF) signé pendant la guerre froide, violé par Moscou avec la mise au point d’un nouveau système de missiles.

« Le traité signé par Washington et Moscou garantit la paix et la sécurité sur le territoire européen depuis 30 ans », a déclaré Mme Mogherini à son arrivée au siège de l’Otan pour une réunion des ministres des Affaires étrangères, au lendemain de l’ultimatum lancé par l’Alliance à la Russie.

Le traité signé à Washington en 1987 avait mis un terme à la crise des euromissiles provoquée par la décision de Moscou de déployer en 1977 des missiles SS-20 à moyenne portée capable de frapper les pays d’Europe. Washington en riposte avait installé en 1983 des Pershing II en RFA.

L’Otan a donné 60 jours à Moscou pour se conformer aux obligations du traité de « manière vérifiable ». Cela signifie que les Russes doivent « détruire » leur nouveau système de missile, a expliqué à l’AFP un responsable européen à l’Otan.

En 87, Moscou et Washington avaient supprimé leurs missiles. Dans le cas contraire, les Etats-Unis suspendront leurs engagements. « La Russie a maintenant une dernière chance de se conformer de nouveau au Traité INF, mais nous devons également commencer à nous préparer à un monde sans traité », a averti mardi soir le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg après la publication de l’ultimatum. L’Otan a écarté l’option de déployer de nouveaux missiles en Europe pour contrer le système russe, a précisé M. Stoltenberg. Mais les Alliés vont adapter leur stratégie et renforcer leur défense, a expliqué mardi soir le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

Le délai de 60 jours donné à Moscou correspond à la prochaine réunion des ministres de la Défense de l’Otan les 14 et 15 février 2019. « J’espère que le temps qui reste pour travailler à la préservation du traité et à sa pleine mise en oeuvre pourra être utilisé à bon escient par toutes les parties », a insisté Mme Mogherini.

Moscou a dénoncé mercredi les accusations « sans fondement » de Washington. Une porte-parole de la diplomatie russe a assuré qu' »aucune preuve qui soutiendrait les accusations américaines n’a été apportée ».

Dans une déclaration de ses 29 membres, l’Otan a accusé mardi Moscou d’avoir violé le traité et de menacer la sécurité euro-atlantique, une prise de position qui appuie les accusations portées par Washington.

Le nouveau système de missiles russe SSC8 dans la nomenclature Otan est considéré comme une menace réelle en raison de sa portée de 500 à 5.000 km. Selon Jens Stoltenberg, les missiles peuvent frapper les villes d’Europe en quelques minutes après avoir été tirés de l’intérieur du territoire russe et peuvent porter des charges nucléaires.