Moins lourde, mais de poids

L’industrie en mutation rebondit dans des investissements substantiels et des implantations modernes.

Alain Ducat / Le rituel est bien rôdé: une grande annonce, une conférence de presse, voire une première pierre à sceller, Etienne Schneider, un ou deux grands patrons… En matière d’investissements industriels, le pays n’est pas mal servi ces derniers temps. Et force est de constater que l’on va au-delà de l’effet d’annonce, si l’on en juge par le nombre d’arrivants, le montant des investissements ou les nouvelles usines promises au territoire.

Autre constante: l’industrie a changé. Le tissu, qui permet au Luxembourg de jouer sur ses différents atouts stratégiques, se nourrit de recherche et développement, de technologies de pointe, de secteurs en croissance.

Les exemples récents sont emblématiques. On peut penser à la création d’un nouveau pôle de production high-tech de Goodyear, à Dudelange cette fois, où le géant des pneumatiques, historiquement posé du côté de Colmar-Berg, investit quelque 80 millions d’euros dans une usine de pneus «premium» pour la sécurité et la longévité, avec 70 emplois à la clé.

Dans le registre «Automotive et Mobilité», des axes de diversification stratégique, le projet Ujet, lancé officiellement mardi, participe à ce regain d’activités innovantes, avec son usine de production de scooters électriques à Foetz.

En soi, on est loin de la grosse armada. Mais, là aussi, on est dans le substantiel. A plus d’un titre. D’abord parce que le produit est dans le vent de l’électromobilité. Ensuite parce que l’entreprise Ujet, jusqu’ici discrète, occupe déjà une quarantaine de personnes au pays. Elle a son siège à Leudelange, là où loge aussi sa maison mère. En l’occurrence, le groupe d’origine russe Ocsial. Celui-là même qui a annoncé un projet à 100 millions d’euros et 150 emplois au moins, pour un centre de R&D et un site de production de matériaux composites de pointe (nanotubes de carbone), à Differdange. C’est un autre exemple symptomatique. Car Ocsial avait deux entités luxembourgeoises, mues par des sociétés financières chypriotes, depuis 2012.

La base européenne, Ocsial Europe, s’est ajoutée en mars 2016, soit plus d’un an avant l’annonce officielle des investissements substantiels. Au printemps 2016 aussi, à la faveur d’une augmentation de capital made in Luxembourg, mais poussée par le nouvel actionnaire mandaté depuis Limasol, Ocsial enregistrait un apport global en numéraire de plus de deux millions de dollars, la plus grosse part étant allouée au compte prime d’émission de la société.

En tout cas, on est passé d’une production zéro à une substance quantifiable à terme.

Il est sans doute possible de multiplier les exemples à l’envi, qui renverraient tous, d’une part, à l’attractivité du pays pour les industries innovantes, et, d’autre part, aux financements structurés depuis une base européenne.

C’est un modèle en soi. Et ça fonctionne: on peut estimer les investissements dans les grands projets industriels en cours à plus d’un milliard d’euros. Qui devraient générer quelque 800 emplois, si l’on met bout à bout les annonces de ces derniers mois.