Lost in translation: la Papouasie-Nouvelle-Guinée championne de la diversité linguistique

Un guide de conversation unique ne vous sera pas d’une grande aide lors de vos prochaines vacances en Papouasie-Nouvelle-Guinée, un pays qui, avec 841 langues vivantes, est le champion du monde incontesté de la diversité linguistique.

Du pii parlé dans les montagnes au toaripi qui s’entend sur les côtes de la Mer de Corail, la Papouasie est pour les linguistes un paradis qui recèle 10% des langues parlées dans le monde. Le nombre de locuteurs de chaque idiome varie nécessairement, d’une poignée pour certaines langues qui ne sont parlées dans la jungle que par quelques familles à plusieurs millions pour celles qui ont cours dans diverses provinces.

Les experts expliquent cette exceptionnelle richesse par la faiblesse du gouvernement central, mais aussi par la difficulté du relief d’un pays couvert de jungles impénétrables et doté d’environ 600 îles. Nombre de ces langues ont évolué sans aucun élément perturbateur pendant des dizaines de milliers d’années.

La plupart des huit millions de Papouasiens utilisent généralement entre trois et cinq langues dans leur vie de tous les jours, et sont capables de comprendre de nombreux dialectes. Mais il leur arrive, paradoxalement, de peiner à traduire dans leur langue natale certaines phrases qui pourraient être considérées comme relativement simples, notamment s’il est question de nombres au-dessus de 10 ou de traduire dans des langues rurales des notions urbaines.

Quand on lui demande de traduire « Il y a plus de 800 langues en Papouasie-Nouvelle-Guinée » en vula’a -une langue qui compte quelques milliers de locuteurs-, Sonia Pegi, une employée de bureau de Port Moresby, doit appeler son père pour vérifier qu’elle ne se trompe pas.

Les trois langues officielles du pays sont le tok pisin, un créole à base lexicale anglaise, l’anglais et le hiri motu, idiome semi créole également basé sur une autre langue, le motu. La langue la plus parlée est le tok pisin, qui « est à 80-85% dérivée de l’anglais », relève Jenny Homerang, de l’Université nationale australienne de Canberra. « Mais il a aussi des influences allemandes, et un peu portugaises. » En fait, le Tok Pisin est une éponge qui a prélevé des mots dans des langues a priori aussi lointaines que le zoulou.

Ainsi, les gens soupçonnés de sorcellerie, qui sont parfois victimes de violences extrêmes en Papouasie, sont souvent qualifiés de « sangoma », un mot familier pour quiconque vit dans les villes sud-africaines de Johannesbourg ou Durban, où il a le même sens.