William De Vijlder / Après le métal jaune en 2013, c’est au tour de l’or noir de perdre de son éclat. Négocié à environ 115 dollars fin juin, le baril de Brent se vend aujourd’hui à 70 dollars, soit une baisse de près de 40% en cinq mois.
Cette dynamique a d’ailleurs reçu une impulsion supplémentaire la semaine dernière, lorsque l’Opep a décidé de maintenir son objectif de production, de sorte que la faiblesse du prix du pétrole devrait perdurer.
Mes collègues spécialisés dans les matières premières tablent sur un cours de 77 dollars en moyenne en 2015. Il va de soi que les conséquences économiques d’une baisse permanente auront un impact bien plus important qu’une chute temporaire. [cleeng_content id= »543126689″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]
Des prix bas de manière permanente font du bien au pouvoir d’achat des ménages et des entreprises, qui peuvent déjà en tenir compte dans leurs dépenses, et leur redonnent confiance.
En effet, les modèles macroéconomiques révèlent qu’une baisse des prix pétroliers de 10 dollars engendre une hausse du PIB de la zone euro de 0,4% en trois à quatre trimestres. Cette diminution se chiffrant à environ 40 dollars depuis fin juin, il est tentant de multiplier la hausse correspondante du PIB par 4, ce qui impliquerait une énorme poussée de croissance. C’est cependant peu réaliste: la baisse du cours en euros depuis le pic est moins importante (33% contre 39% en USD) et il ne faut pas non plus oublier que l’impact d’une baisse des cours pétroliers est fonction des circonstances: lorsque le chômage est élevé et la demande faible, la réaction sera moins forte.
Pour autant, nous pouvons ajouter ce repli pétrolier à la liste des facteurs qui devraient donner un coup de pouce à la conjoncture européenne en 2015: des taux bas, un euro plus faible, une politique budgétaire beaucoup moins pénalisante qu’avant, la perspective d’une augmentation de la demande de crédit et un accès plus aisé au crédit bancaire. Les nouvelles mesures de la BCE pour accroître sensiblement son bilan total stimuleront aussi le retour de la confiance.
Toutes ces bonnes nouvelles ont malheureusement un revers. La baisse des cours pétroliers signifie aussi une perte de revenus pour les pays exportateurs de pétrole. Les conséquences varient d’un pays à l’autre, mais se traduisent généralement par une aggravation du déficit budgétaire, une réduction des excédents de la balance commerciale et du compte courant, et donc une diminution des fonds à investir en Occident (via les obligations d’Etat américaines par exemple), ainsi qu’une pression sur les devises (songez au rouble).
Du côté des entreprises du secteur pétrolier, cette baisse peut se traduire par une diminution des investissements et une augmentation plus modérée de la production pétrolière future.
Aux Etats-Unis, il convient de suivre attentivement les répercussions sur l’industrie du gaz de schiste, a fortiori pour les entreprises très endettées: le fléchissement des cours les rapprochent de leur seuil de tolérance et risque à terme de créer des difficultés financières, bien que ce problème concerne plutôt 2016 que 2015.
Il paraît en effet que ces producteurs se sont déjà couverts contre la chute des cours en 2015.[/cleeng_content]
(William De Vijlder est Group Chief Economist chez BNP Paribas)




