Logis en partage

Thierry Nelissen / Je t’offre un logement abordable, tu m’offres ta présence

Association recherche binômes pour le lancement d’un projet de «logement intergénérationnel» au Luxembourg. Esch-sur-Alzette au cœur du programme.

490_0008_14131309_intergeneSur le papier, la formule est on ne peut plus séduisante: des personnes âgées disposant de chambres inoccupées offrent un logement à bas prix à des jeunes, souvent étudiants, en échange d’une présence qui leur assure cette sécurité qui permet de rester à domicile, même quand leur autonomie commence à baisser. Et rester dans sa maison, où l’on a ses souvenirs et tous ses repères, plutôt que partir vers une maison de retraite, c’est bien ce que tous les aînés désirent.

Dans de nombreux pays, la formule a été consacrée. Espagne, Royaume-Uni, Canada, Belgique même: le logement «intergénérationnel» est entré dans les mœurs, comme une opération «gagnant-gagnant» autant qu’un signe du respect entre générations.

[cleeng_content id= »t1″ price= »0.49″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l’acheter à l’unité ou via un abonnement »]Au Luxembourg, des expériences ont déjà été tentées, sans extraordinaire succès. La ville d’Esch-sur-Alzette, confrontée à l’arrivée de l’Université, cherchait des formules de logement originales. Elle a donc marqué son intérêt pour les réalisations de l’association Cohabit’Age, lauréate du concours 1,2,3 Go Social, et s’est associée à elle pour poser dans la Métropole du fer les bases d’un projet similaire. C’est ainsi qu’a été mise sur pied l’Association de logement intergénérationnel du Luxembourg (ALIL).

Fondateur du projet, Moussa Seck est parti de sa propre expérience pour passer à l’action en Lorraine. «Originaire du Sénégal, j’étais étudiant à Metz et j’éprouvais beaucoup de mal à me loger. Je devais travailler parallèlement aux cours pour parvenir à payer le loyer. A cette époque, en 2003, survient la canicule qui provoque en France le décès de milliers de personnes âgées. Cela m’a beaucoup fait réfléchir. Dans le pays d’où je viens, il y a une solidarité énorme entre les générations. Pas question d’abandonner des parents à leur sort.»

Ses études terminées, il s’intéresse au travail de «Paris solidaire», une association de la capitale active dans le logement intergénérationnel. En pratique, il s’agit de mettre en contact des gens qui disposent d’espace avec des jeunes qui peuvent en profiter, en contrepartie d’un coup de main ou d’une simple présence rassurante.

En Lorraine, l’association a ainsi mis en place au fil des années 167 binômes. «Généralement, l’impulsion est donnée par les services médicaux, explique Moussa Seck. Quand un médecin se rend compte qu’une personne ne peut plus rester seule sans risque, de chute notamment, il peut lui conseiller de se lancer dans l’expérience.»

Présence bienveillante

L’association a pour tâche, délicate, de faire coller l’offre et la demande. En clair, de s’assurer que les affinités de l’un sont compatibles avec celles de l’autre. Moussa Seck est formel: «On n’a pas le droit de se tromper sur la sélection.» Il est arrivé, pourtant, que les deux parties ne parviennent pas à vivre ensemble. On se sépare alors de plein gré, avec un préavis.

490_0008_14131308_intergene_2Il se peut aussi que l’hébergeur décède durant la relation contractuelle. Il s’agit alors, si possible, de préserver le droit d’hébergement pendant quelque temps. «Pendant la durée de la relation, nous nous assurons qu’elle fonctionne bien, et nous organisons des activités intergénérationnelles. Il y a délitement du lien social dans notre société; mais nous, nous le retissons.» Si on parle de «binômes», on n’est pas dans le cadre d’une relation exclusive à deux. Un couple peut très bien accueillir un étudiant, comme un aîné peut accueillir un couple de jeunes. Habituellement, la demande d’hébergement est nettement plus importante que l’offre.

Il existe dans le modèle français trois types de cohabitation: «solidaire», «conviviale» et «amicale». En fonction du type de présence requis de la part de l’hébergé, la participation financière est variable. Par exemple, une présence régulière (du type cinq jours par semaine et un week-end sur deux) peut donner lieu à un loyer gratuit.

Le modèle lorrain va donc servir de base à l’organisation luxembourgeoise, qui est encore pleine d’inconnues. Les premiers binômes seront formés à partir du mois de mars. «La dimension culturelle du Luxembourg est évidemment un élément essentiel, note le responsable du projet, mais je ne veux pas avoir de préjugés. Peut-être que la langue est un élément important, mais peut-être pas dans tous les cas.

Ce qui est certain, c’est que c’est une relation de confiance qui doit s’instaurer. Les gens n’ouvrent pas leur porte à n’importe qui. De nombreux frontaliers se sont manifestés quand ils ont entendu parler du projet. A priori, pourtant, ce n’est pas notre cible. On n’est pas dans une relation «client». On cherche d’abord des gens sensibilisés à l’isolement des personnes âgées. Il faut une veille passive, une présence bienveillante.»

Si l’association française travaille surtout en milieu urbain, son pendant luxembourgeois Cohabit’Age essayera de sonder le milieu rural, où les logis disponibles paraissent plus nombreux, et où les transports sont bien assurés. Au Grand-Duché aussi, les limites d’âge seront moins strictes qu’en France, où le projet s’adresse aux plus de 65 ans d’une part, et aux moins de 30 d’autre part.

Les loyers maximum seront ici plafonnés à 350 ou 400 euros. L’objectif, plutôt raisonnable, est de former dans un premier temps une vingtaine de binômes, dans tout le pays.

Contact: Cohabit’Age, 31-35, rue Léon-Metz, Esch-sur-Alzette. Et bientôt: www.cohabitage.lu

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