Littérature luxembourgeoise / De l’Ecole

Quand un ministre de la Culture luxembourgeoise, accessoirement aussi chef du gouvernement, confond les deux frères Helminger, on comprend les sourires narquois dénonçant un manque de savoir littéraire jusque chez les plus hautes autorités. Quand justement Nico Helminger, lauréat du prix Servais, s’offusque de ce que la littérature luxembourgeoise est quasi absente des programmes scolaires, on comprend aussi le désappointement.

Il est vrai qu’au cours des dernières décennies, outre ces deux frères, un nombre conséquent d’auteurs autochtones ont prouvé que leur plume était de qualité.

N’attendez pas de moi une liste, car je serais injuste envers ceux que je n’ai pas lus. Et c’est ainsi que j’aborde de front le problème; le choix est énorme, et comme je lis essentiellement des textes français, je dois avouer que bien souvent, tenant deux livres à la main, je préfère acheter Modiano que Portante, et pourtant, celui-ci je l’apprécie réellement.

Il en va de même à l’école. Il y a bien une section A, littéraire, dans les lycées classiques, mais elle ne touche qu’une infime minorité d’élèves. C’est pourtant la seule où la littérature (française, allemande ou anglaise) joue un rôle de première importance, et c’est peut-être la seule où la littérature luxembourgeoise pourrait se créer une niche.

Dans les autres sections, je ne vois pas comment un professeur de français pourrait insérer un long chapitre sur la littérature luxembourgeoise. Déjà que certains pensent que la langue écrite par les élèves est déficiente! Et puis, dans ces sections, il est indispensable que l’enseignement incite à la lecture de livres. Or, cela me semble de plus en plus difficile face à la concurrence du numérique.

Quand j’étais (relativement) jeune professeur, notre association avait arrangé, à notre demande, une formation au CIEP de Sèvres sur les moyens pédagogiques menant à une propagation de la lecture littéraire. Cela avait été un horrible bide, les «spécialistes» proposant des remèdes de bonne femme éculés. Or, dans la réalité ces recettes échouent bien souvent, une classe étant fort différente de l’autre et demandant un traitement personnalisé. Il y a bien entendu des optimistes; Nathalie Jacoby, professeure d’allemand, responsable pour la réalisation de dossiers pédagogiques axés sur la littérature luxembourgeoise, fait partie du lot; ne déclare-t-elle pas dans un entretien: «Traiter des textes d’auteurs luxembourgeois entraîne des phénomènes concomitants, à commencer par un potentiel d’identification pour nos élèves. En partie, ces textes concernent la réalité luxembourgeoise. Parfois il suffit d’un détail géographique pour que les élèves se sentent concernés. […] Naturellement le plus important c’est qu’ils sachent qu’il y a une scène littéraire dans notre pays.»

Je ne doute pas que l’étincelle puisse se produire, mais cela ne marchera qu’une seule fois, les élèves étant friands de nouveautés.

Personnellement, je continue à croire que la littérature luxembourgeoise sera mieux servie dans nos écoles, si on confronte les classes à des auteurs en chair et en os, ce que nous avons fait plus d’une fois avec beaucoup de succès dans mon ancien lycée.

André Wengler