Lire / Coup de cœur

Voilà la nouvelle année déjà bien entamée et je ne me suis même pas trompé en datant mon courrier. C’est qu’on s’habitue vite à ce qu’on ne peut guère changer. Ce qu’on pourrait pourtant changer, ce sont toutes ces mauvaises habitudes qui accompagnent et souvent compliquent notre vie, comme le désordre qui envahit lentement mais sûrement nos habitations. Combien de fois ne me suis pas promis de m’y attaquer et combien de fois y ai-je renoncé? Ne fût-ce que de trier les incroyables piles de livres qui s’entassent. Et je n’arrête pas d’en acheter. C’est ainsi que je lis actuellement à la fois Victor Hugo à Vianden de Smets , Lord Arthur Savile’s Crime d’Oscar Wilde, Journal d’un observateur d’Alain Duhamel, Quand on savait vivre heureux “ de la Comtesse d’Armaillé et Musings of a Geriatric Starlet d’Iris Apfel. Evidemment, je n’avance dans aucun de ces livres par manque de temps et leurs sujets différents peuplent mes rêves.

Combien de fois n’ai je pas fait savoir que le plus grand regret de ma vie serait celui de n’avoir pas pu lire davantage? Et combien de fois ne me suis juré de me retirer pendant au moins un mois sinon plus dans un couvent isolé ou une île déserte pour lire et lire et relire! Comme diraient mes amis anglais: «Famous last words!»

Il faut dire qu’on écrit beaucoup aussi. On n’a qu’à passer dans une bonne librairie pour s’en rendre compte. Partout je vois des titres et résumés qui me tentent et rarement j’en sors les mains vides. Et pourtant, on me dit et on me répète que les jeunes ne liraient plus, ou du moins plus de livres, accrochés qu’ils sont jour et nuit à leurs portables et tablettes. J’espère quand même que certains les utilisent pour s’instruire voire pour lire les textes d’auteurs auxquels on a accès par ces voies modernes.

Mais revenons à mes lectures du moment! Celle qui m’impressionne le plus à cause du personnage insolite qui s’y dévoile avec une désarmante franchise est la description de la vie d’Iris Apfel, cette icône américaine, starlette gériatrique presque centenaire dont l’image de marque sont ses lunettes géantes, ses tenues excentriques, ses lèvres écarlates et surtout ses sages leçons de vie. Je ne peux dès lors que me rallier à Dries Van Noten lorsqu’il prétend: «I have rarely met someone as vivid, as alive, as vital, vivacious, irreverent, joyous, relevant and needed as Iris. She breathes young air, thinks young thoughts and gathers no dust. I simply love her.» Connaît-on une meilleure leçon de vie? Et pourtant, j’appréhende l’instant où on annoncera sa mort. J’en connais d’autres de son âge dont la disparition me peinera autant. Je me consolerai en continuant de lire en me souvenant d’une sage vérité de la chère Iris: «Your smartphone is not your brain!»

Pierre Dillenburg