L’impasse catalane / L’Europe, ça s’explique

Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire que l’Europe ne devrait s’occuper que de ce qui la regarde? Cette remarque renvoie, à juste titre, aux compétences de l’UE, lesquelles sont inscrites dans les traités. Ces dernières font l’objet d’un examen, appelé contrôle de subsidiarité, par les parlements nationaux, s’ils le souhaitent. En effet, les députés nationaux ont le droit de se prononcer sur la compatibilité de chaque proposition législative de la Commission avec les traités existants. Ces précautions sont nécessaires pour montrer aux citoyens que l’Union européenne est bien disposée à agir dans le cadre des compétences que lui ont confiées au préalable les Etats membres.

C’est dans le même esprit de respect des compétences qu’il y a lieu d’aborder la question catalane qui fait la une de la presse internationale depuis la tenue du référendum sur l’indépendance de la Catalogne. En clair, l’UE ne dispose pas de l’ombre d’une possibilité pour intervenir, voire interférer, dans le différend qui oppose un Etat membre à l’une de ses composantes, le règlement de ces questions relevant de la seule compétence des Etats au regard de leurs dispositions constitutionnelles.

L’on peut, certes, déplorer les incidents qui se sont produits récemment à Barcelone, et notamment les réactions violentes des forces de l’ordre espagnoles le premier octobre dernier. L’on peut regretter aussi le manque d’imagination et de créativité des autorités de Madrid en vue de trouver une issue politique acceptable à la présente crise pour les deux parties. L’on peut s’interroger par ailleurs sur l’attitude discutable de l’exécutif catalan qui ne décolère pas et qui plus est, dans son entêtement, mène la région pour laquelle il est responsable droit dans le mur.

Comme, à ce stade, les signes de désescalade sont à peine perceptibles, on ne peut plus exclure que le rêve des indépendantistes devienne un jour réalité. Ce rêve, cependant, serait vite condamné à virer au cauchemar. En effet, le jour où la Catalogne quitterait l’Espagne, elle ne serait plus membre de l’UE. La Catalogne devrait alors solliciter le statut de pays candidat à l’UE, décision qui requiert l’accord unanime des Etats membres, y compris, bien entendu, celui de l’Espagne. Les indépendantistes qui, dans leur ensemble, sont très pro-européens seraient dès lors en train d’amener leur région dans une impasse. Ceux qui ont voté pour l’indépendance ne sont sans doute pas conscients des suites que pourrait engendrer leur choix. On aura rarement été en présence d’un tel degré d’insouciance. Il n’est donc pas étonnant que l’UE soit plus que réservée devant cette illusion collective.

Elle a mille raisons de le rester. Comme l’Europe ne dispose d’aucun moyen de garantir à une Catalogne indépendante sa réadmission à l’UE, Bruxelles ne peut que rappeler son impuissance notoire face au drame qui se produit dans l’un de ses Etats membres. Quant à la France, la Belgique et l’Italie, entre autres, confrontées à leur tour à des velléités sécessionnistes, on les sent peu enclines à dérouler un jour le tapis rouge pour accueillir la Catalogne comme nouvel Etat membre. Pour le reste, l’UE serait bien conseillée de rester sourde et muette dans la présente circonstance.

Charles Goerens