« L’idole des jeunes » n’est plus, les hommages affluent

this file photo taken on December 13, 1962

« Noir c’est noir »: la France est en deuil après la mort de Johnny Hallyday des suites d’un cancer dans la nuit de mardi à mercredi, qui a suscité de nombreuses hommages et réactions de tristesse chez ses fans, ses amis et jusqu’au sommet de l’Etat.

« L’idole des jeunes », aux dizaines de tubes et plus de 100 millions de disques vendus, surnommée l' »Elvis français » par la presse internationale, est mort à 74 ans dans sa maison de Marnes-la-Coquette, près de Paris, a annoncé son épouse Laeticia à l’AFP par un communiqué transmis à 02H34 du matin.

« Johnny Hallyday est parti. J’écris ces mots sans y croire. Et pourtant c’est bien cela. Mon homme n’est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité », écrit celle qui a épousé le chanteur en 1996. « Jusqu’au dernier instant, il a tenu tête à cette maladie qui le rongeait depuis des mois, nous donnant à tous des leçons de vie extraordinaires. Le coeur battant si fort dans un corps de rocker qui aura vécu toute une vie sans concession pour son public, pour ceux qui l’adulent et ceux qui l’aiment », poursuit-elle.

Evoquant « le papa » de leurs deux filles adoptées Jade et Joy, de Laura (née de son union avec Nathalie Baye) et de David (né de son union avec Sylvie Vartan), Laeticia Hallyday conclut: « Johnny était un homme hors du commun. Il le restera grâce à vous. Surtout ne l’oubliez pas. Il est et restera avec nous pour toujours. Mon amour je t’aime tant ». « Comme toute la France mon coeur est brisé. J’ai perdu l’amour de ma jeunesse et rien ne pourra jamais le remplacer », a déclaré à l’AFP Sylvie Vartan. « J’ai perdu plus qu’un ami, j’ai perdu mon frère », a confié de son côté Eddy Mitchell à l’AFP.

L’Elysée avait réagi en premier à cette nouvelle: « On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday », a résumé Emmanuel Macron. « Johnny Hallyday a su faire chanter, danser, pleurer notre pays tout entier. Il a su parler à toutes les générations. Il nous laisse une flamme qui brillera longtemps », a renchéri la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Les réactions se sont multipliées tandis que radios et télévisions lançaient des émissions spéciales et diffusaient ses tubes en boucle. « C’est une perte immense et c’est le patrimoine national qui s’en va mais c’est surtout l’ami, l’ami avec qui j’ai vécu de tellement bons moments », a confié sur RTL son producteur historique Jean-Claude Camus, pour qui « ça serait bien » d’organiser des obsèques nationales. Pour André, chauffeur-livreur au travail sur les Grands Boulevards au centre de Paris, « Johnny était une grande figure, un grand monument ». Un important dispositif de sécurité a été déployé à Marnes-la-Coquette, pour protéger l’accès à la résidence du chanteur, près de laquelle des dizaines de journalistes se sont rendus et où les fans commençaient à affluer.

Les réseaux sociaux croulaient sous d’innombrables messages d’artistes ou d’anonymes consacrés au chanteur. « Tellement triste » (Patrick Bruel), « Ton âme est du pur rock’n roll. Repose en paix » (Lenny Kravitz), « Il était un géant du show-business … une véritable légende! » (Céline Dion).

Sur Instagram, plus de 20.000 personnes ont « liké » la dernière photo publiée sur le compte officiel du chanteur et celui de Laeticia débordait de messages de soutien. Depuis que Johnny Hallyday avait été hospitalisé il y a un mois pour détresse respiratoire, la nouvelle de son décès était redoutée. La star aux excès rock’n’roll avait annoncé début mars être atteint d’un cancer des poumons dont il savait déjà qu’il était métastasé.

Détecté en novembre 2016, le cancer aura terrassé en un an celui qu’Eddy Mitchell avait surnommé « Robocop ». Et qui avait déjà tutoyé la mort, lors de sa tentative de suicide en 1966 après la demande de divorce de Sylvie Vartan, puis lorsqu’il plongea plusieurs jours dans le coma en 2009 en raison de complications consécutives à une opération.

Johnny Hallyday s’est battu jusqu’au bout. En montant sur scène, en juin et juillet, avec ses copains Jacques Dutronc et Eddy Mitchell, pour la tournée des « Vieilles Canailles ». Des moments parfois difficiles, mais où il semblait porté par l’énergie de son public qu’il croisait pour la dernière fois.

Pour « rester vivant », comme s’intitulait sa dernière tournée (2015-2016), cette « bête de scène », qui a rempli en 57 ans de carrière tous les plus grands lieux de l’Hexagone, du Stade de France au Champ de Mars, travaillait aussi à un nouvel album. Avec plus de 100 millions de disques vendus et dix Victoires de la musique, « l’idole des jeunes » puis des moins jeunes a traversé les époques: celles des débuts du rock’n’roll où il ressemblait à un « Elvis Presley » made in France, des yéyés, de la variété plus « mainstream » avec Michel Berger ou Jean-Jacques Goldman dans les années 80, pour revenir avec bonheur ces dernières années aux sources du blues et du rock. Cette longévité exceptionnelle, depuis « T’aimer follement », sa première chanson enregistrée en 1960, est ponctuée de dizaines de succès entrés dans la mémoire collective: « Souvenirs souvenirs », « Le Pénitencier », « Noir c’est noir », « Retiens la nuit », « Pour moi la vie va commencer », « Que je t’aime », « Gabrielle », « La musique que j’aime », « Ma gueule », « Quelque chose de Tennessee », « Allumer le feu », « Marie »… Au fil d’une vie menée à fond de train, avec ses accidents, ses excès relayés en une des gazettes, ses amours tempétueuses et médiatisées, ses maisons en Suisse et aux Etats-Unis sur fond d’accusation d’exil fiscal, « Johnny » était devenu plus qu’un artiste.

Une légende vivante, un chanteur quasi-officiel mais aussi un personnage parfois agaçant pour certains, égratigné pour sa façon de s’exprimer, à l’image du « Ah que… » popularisé par sa marionnette des Guignols. « Ma vie a été un tunnel de souffrances, où je ne me sentais pas toujours en accord avec moi-même, vivant au jour le jour, tenaillé par la peur du lendemain », se confiait en 2014 à Télérama celui qui était au civil Jean-Philippe Smet, du nom de son père, Belge, qu’il a si peu connu. Des « souffrances » qu’il oubliait toutefois quand il retournait en studio ou remontait sur scène, pour, jusqu’au bout, « être Johnny Hallyday », ce qu’il appelait « un métier ».

Johnny Hallyday: les temps forts d’une « bête de scène »

De ses débuts parisiens en lever de rideau de Raymond Devos en 1960 jusqu’à l’ultime tournée avec les « Vieilles Canailles » alors qu’il était déjà malade cet été, la vie de Johnny Hallyday s’est aussi jouée sur scène. Après quelques tours de chauffe à Migennes (dans l’Yonne) puis au Vieux-Colombiers à Juan-les-Pins, Johnny monte sur sa première scène parisienne à l’Alhambra pendant trois semaines, en première partie du spectacle de l’humoriste belge Raymond Devos.

Le chanteur est critiqué par le tout-Paris mais, soutenu par Devos, il épate Yves Montand. Pour le premier anniversaire de l’émission de radio « Salut les Copains », Europe 1 organise un concert gratuit place de la Nation à Paris.

A l’affiche outre Johnny: Sylvie Vartan, Frank Alamo, Richard Anthony, les Chaussettes Noires d’Eddy Mitchell et les Chats sauvages de Dick Rivers. Le concert, qui marque l’apothéose des années « yéyés », se termine par des échauffourées avec la police. « 500 voyous terrorisent 150.000 spectateurs attirés par les idoles des jeunes », titre le lendemain le quotidien Paris-Presse. « La France a refusé. Les seuls à m’avoir donné l’autorisation, c’étaient les Suisses! », dira plus tard la star qui donne en ce début d’été, avec la complicité de Raymond Devos, un concert aux détenus du pénitencier de Bochuz, dans le canton de Vaud. Sur scène, Johnny joue évidemment « Le pénitencier » et confesse que s’il n’avait pas été sauvé par la musique, il aurait pu se retrouver, lui aussi, en prison.

Pour le premier passage de Johnny à Bercy, Michel Berger, chargé de la mise en scène, concocte un spectacle tout en sobriété. Johnny réunit 210.000 spectateurs.

Le chanteur reviendra à plusieurs reprises à Bercy, notamment en 1990 pour ses 30 ans de carrière. Johnny fête ses 50 ans au Parc des Princes. Défilé de Harley Davidson, Cadillac, bagarres chorégraphiées et un Johnny qui fend la foule pour son entrée à même la pelouse du stade… 180.000 spectateurs au total soufflent les bougies du chanteur. Johnny Hallyday donne un concert à l’Aladdin-Hotel-Casino, devant 6 à 7.000 fans venus de France et ayant acquitté un forfait de 7.300 francs pour deux jours à Las Vegas et l’entrée au concert. Mais le rockeur, victime d’une trachéite, n’apparaît pas en grande forme pour ses premiers pas américains, qui laisseront fans et critiques sur leur faim.

Moins de deux mois après la victoire des Bleus au Mondial de foot, Johnny s’offre le tout nouveau Stade de France. Le premier soir est un naufrage: le concert doit être annulé pour cause de pluies diluviennes. Mais lors des trois représentations suivantes il réunit 240.000 spectateurs. Dans ces concerts pharaoniques, le rockeur arrive sur scène en hélicoptère, suspendu au bout d’un filin. Sur scène, il est accompagné par un orchestre classique de 85 musiciens et 400 chanteurs. 500.000 spectateurs font le déplacement au pied de la Tour Eiffel pour un concert gratuit afin de célébrer ses 40 ans de carrière. Jean-Louis Aubert, les Rita Mitsouko, les danseuses du Crazy Horse et une chorale de 80 chanteurs l’accompagnent sur scène. Le concert se termine, comme il se doit, par un feu d’artifice géant tiré des premiers étages de la dame de fer.

Johnny donne à nouveau un concert au pied de la Tour Eiffel, le jour de la fête nationale, devant 700.000 personnes. C’est le point d’orgue du « Tour 66 » (référence à la route 66), qui avait auparavant fait escale trois soirs au Stade de France. Johnny revient au Stade de France pour trois nouveaux concerts, dont un le jour de son anniversaire, le 15 juin. Ses amis Alain Delon et Jean-Paul Belmondo font le déplacement pour admirer un Johnny radieux malgré la pluie battante. Mais la fête est un peu gâchée par la billetterie, qui pour la première fois n’affiche pas complet.

Après six concerts à Bercy trois ans plus tôt, Johnny Hallyday, qui lutte contre un cancer des poumons, reforme « Les Vieilles canailles » avec ses copains Eddy Mitchell et Jacques Dutronc. Le trio, inspiré du « Rat Pack » formé dans les années 50 par Frank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis Jr, revisite les tubes des uns et des autres. Lors de la première à Lille, Johnny chante sur un tabouret, épuisé, à bout de souffle parfois. Mais le public le porte et, de date en date, il finit mieux la tournée qu’il ne l’avait commencée. Preuve que la scène était ce qui le maintenait debout.