L’heure du bilan / Déclaration sur l’état de la nation

Jacques Hillion / La déclaration sur l’état de la nation est l’un des moments forts de l’année. Le Premier ministre donne le la et marque le temps politique avec le style qui est le sien. Le prédécesseur de Xavier Bettel aimait ainsi ponctuer son discours d’annonces. Suivies ou non d’effets, d’ailleurs. Chacun se souviendra de sa reprise en main de la crise du logement… qui perdure toujours, ou de la nécessité de prendre en compte dans un souci démocratique l’avis de nos concitoyens étrangers. Un vœu qui restera encore longtemps pieux.

Xavier Bettel n’occupe pas, lui, le même registre. Ses détracteurs peuvent facilement lui reprocher un discours trop rapide en forme de bilan de législature. A ce titre, le gouvernement a réalisé une bonne part de son programme. Les finances publiques ont été assainies et si la situation n’est pas des plus parfaites, elle n’a rien de catastrophique. L’économie se porte plutôt mieux qu’en 2013. Xavier Bettel a ainsi distribué les bons points sur bon nombre de dossiers allant de la famille et la réforme du congé parental à l’éducation nationale en passant par les investissements en matière de mobilité.

En fait, les critiques portent surtout sur les questions d’avenir ou plutôt sur leur «omission». Elles n’ont pas été abordées et c’est ce que l’opposition reproche au Premier ministre. C’est de bonne guerre car l’échéance électorale approchant à grands pas, les têtes sont plus à la nouvelle législature et au chemin qui y mène qu’à l’analyse de la situation actuelle.

Certaines de ces questions sont pourtant en débat. Celui sur le logement a montré qu’aucun parti n’avait de solution efficace pour le rendre abordable malgré l’explosion démographique. Ceux sur la mobilité et sur l’aménagement du territoire n’ont pas fait état de divisions primordiales. En d’autres termes, le débat est encore ouvert. Quant à la croissance dont l’absence du discours est, elle aussi, fustigée, elle est un élément clé du débat politique et de la campagne électorale. Et si l’option qualitative n’est pas remise en cause, c’est au niveau de ce que chaque parti entend par qualitatif et des conséquences que la croissance induit aussi bien au niveau de l’aménagement du territoire que de la démographie, de la mobilité, de l’emploi résident et frontalier… que le débat se déroule.

Un débat qui doit aussi prendre en compte ce que la Caritas et la CSL ont dénoncé lors de leur propre état de la nation la semaine dernière: l’accroissement des inégalités qui, au vu de l’accumulation des richesses, n’a pas lieu d’être et devrait être au cœur du débat… sur la croissance notamment.