L’exil en musique pour la 24e « Folle journée » de Nantes

Russian director Dmitri Liss directs musicians of the Ural Philharmonic Orchestra (Orchestre Philharmonique de l'Oural)

Une symphonie du compositeur russe en exil Sergueï Rachmaninov et des musiques traditionnelles tziganes ont ouvert mercredi la 24e « Folle journée » de Nantes, grande fête de la musique classique qui propose près de 300 concerts jusqu’à dimanche.

Dès le milieu de l’après-midi, des milliers de festivaliers ont pris place dans des files d’attente ou sur les sièges de la grande halle de la Cité des congrès, prêts à être transportés « vers un monde nouveau », thème de cette nouvelle édition, après celui de la danse en 2017.

Le coup d’envoi de ce marathon musical a été donné en fin d’après-midi dans l’auditorium de 2.000 places par l’Orchestre philharmonique de l’Oural, interprétant, sous la direction de Dmitri Liss, la Symphonie n°3 de Rachmaninov. Cette oeuvre puissante et empreinte de nostalgie sera l’ultime symphonie composée – au milieu des années 1930 – par le musicien russe, éloigné de sa terre natale depuis la révolution de 1917.

Dans une salle attenante, le violoniste tchèque Pavel Sporcl et son ensemble Gipsy Way ont rendu hommage à la musique traditionnelle tzigane et à l’un de ses maîtres, Béla Babai, musicien hongrois exilé aux Etats-Unis qui sera surnommé « le roi du violon tzigane ». La soprano Barbara Hendricks et son blues band devaient emmener en début de soirée mélomanes et néophytes sur « la route vers la liberté », lors d’un concert unique.

Quelque 2.000 artistes du monde entier, dont de jeunes révélations, se succéderont jusqu’à dimanche soir dans les dix salles de la Cité des congrès et du Lieu unique voisin, pour 288 concerts sur le thème de l’exil subi ou choisi, vécu par de nombreux compositeurs, de l’époque baroque à nos jours.

La programmation accorde une large place aux compositeurs du XXe siècle, dont Prokofiev, Zemlinsky ou Bartok, ainsi qu’à Frédéric Chopin, contraint à l’exil en France en 1830, après l’insurrection polonaise contre l’occupant russe, et qui ne reverra jamais sa patrie. A l’ouverture du festival, 10.000 places étaient encore disponibles sur un total de 142.000 à la vente depuis le 16 décembre, confirmant le succès de ce festival exigeant, dont le concept n’a pas évolué depuis 1995: des concerts courts – 45 minutes environ – au prix moyen de 13,8 euros. « Ce n’est pas guindé, pas coincé, et chacun y trouve son compte », approuvent Claudine et Michel, un couple de sexagénaires habitués du festival, qui a concocté cette année un programme de « 12-13 concerts », « des grands crus comme des découvertes originales ».