L’Europe, ça s’explique / Evénements lourds de conséquences

Même si la fête de l’Europe ne mobilise pas les foules, il ne viendrait à l’esprit de personne de la rayer de l’agenda. Journée de l’espoir pour les uns, qui laisse indifférents les autres, elle reste l’occasion de renouer avec les tout débuts de l’intégration européenne.

Cette année, elle a été précédée par deux événements lourds de conséquences pour la vie à vingt-sept. Deux événements qui ont constitué une épreuve et une preuve à la fois.

Le 15 mars, les néerlandais sont allés aux urnes dans un climat d’incertitude quant à leur avenir européen. Leur verdict, cependant, a été sans équivoque: leur vote n’a pas donné lieu à une crise existentielle pour l’UE.

Dimanche dernier, les électeurs français, après avoir éliminé les deux piliers traditionnels de la vie politique française, Les Républicains et le Parti socialiste, n’ont pas hésité à barrer la route au Front national.

Le vainqueur de ce duel, Emmanuel Macron, a pris le risque de thématiser la construction européenne. Son courage a été récompensé. En 2017, donc, ni les Français, ni les Néerlandais, du moins majoritairement, n’ont envie de jouer avec le feu. En sera-t-il encore de même dans quatre ou cinq ans lorsqu’ils seront de nouveau appelés à renouveler leur Assemblée?

Le doute reste permis, car même si les souverainistes ont été mis en échec, leur progression reste toutefois spectaculaire. Geert Wilders tout comme Marine Le Pen ont réussi à élargir considérablement leur base électorale.

Le «ouf» des pro-européens ne serait-il que l’expression d’un soulagement éphémère? La période qui est devant nous ne constituerait-elle qu’un nouveau et peut-être ultime sursis pour l’UE? Rien ne permet, à priori, d’écarter définitivement cette hypothèse. Le maintien du système politique actuel est tout sauf un garant de la pérennité de l’UE.

Pour preuve, à peine élu, Emmanuel Macron, soucieux de sortir la construction européenne de son ornière, se voit attaqué de toutes parts. Dans les vingt-quatre heures qui ont suivi la proclamation du résultat, on voit déjà les détracteurs descendre dans la rue. Quelques heures plus tard, on entend déjà outre-Rhin des voix s’élever catégoriquement contre tout changement dans la politique de l’euro.

N’aurait-on dès lors rien appris de cette élection? N’a-t-on pas vu les électeurs français balayer la classe politique française? Croit-on vraiment que l’on pourra passer à l’ordre du jour sans la moindre remise en question de notre façon de vivre ensemble?

Si en cette journée de l’Europe, dédiée avec beaucoup de sympathie à Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe, nous n’arrivons pas à aller au-delà des rituels de commémoration et d’incantations déjà presque pavloviens en faveur de l’Union européenne, nous manquons tout simplement à notre devoir.

Charles Goerens