Ma lettre au Père Noël / Vu des marches

Nous sommes encore en novembre, mais le Père Noël est certainement déjà très occupé et il vaudrait mieux lui transmettre nos souhaits au plus vite.

En tant qu’économiste, mon premier souhait est que la paix règne dans le monde. Loin d’être un vœu banal, la paix est l’un des moteurs les plus puissants en faveur de la croissance économique et de l’amélioration des conditions de vie. L’Institut pour l’économie et la paix dresse un classement des pays en fonction de l’impact économique de la violence (guerre ou autre) qu’ils peuvent subir.

Sans surprise, la Syrie est la plus impactée, à hauteur de 54% de son PIB. Le Brésil se trouve au 32e rang avec un coût qui représenterait 13,5% du PIB, illustrant clairement la différence entre guerre et insécurité. Les Etats-Unis se classent au 42e rang, perdant 11,8% de leur PIB en raison de l’insécurité. Les pays européens sont bien mieux lotis, autour du 100e rang.

Mon deuxième souhait serait d’éradiquer la corruption. Il existe malheureusement une forte corrélation négative entre la corruption et la croissance du PIB. Le coût de la corruption ne se mesure pas uniquement aux montants des pots-de-vin ou à la valeur des biens spoliés, mais surtout dans la perversion de l’allocation du capital et les distorsions des initiatives, engendrant de l’inefficacité dans l’économie et une distribution des revenus plus inégale. En outre, un système corrompu se préoccupera moins de la protection de l’environnement, érodera la confiance dans les institutions et pourra, dans des cas extrêmes, menacer la stabilité politique et économique. Transparency International mesure le degré de corruption perçu dans le monde. Aucun pays n’affiche de score parfait. Les scores sont attribués entre zéro (très corrompu) et 100 (très peu corrompu) et deux tiers des 176 pays suivis ont un taux en dessous de 50, produisant une moyenne mondiale de 43. Les cinq pays les moins corrompus au monde sont le Danemark, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, la Suède, et la Suisse. Les Etats-Unis se situent au 18e rang, la Chine au 79e avec l’Inde, et la Somalie est le dernier du peloton.

Ensuite, ma liste s’encombre: que les campagnes électorales se réalisent sans le financement des lobbies et des milliardaires, que la distribution des revenus soit d’avantage égalitaire, que la discrimination cesse, que les services de santé et d’éducation deviennent accessibles à tous, etc. Tous ces vœux pourraient être intitulés «une meilleure politique économique», et ce, sans aucune ambiguïté car ce sont toutes des mesures contribuant à augmenter la croissance du PIB à court et à long terme.

A cette liste non exhaustive, on pourrait rajouter la liberté des médias et de l’expression, accompagnée d’une disparition de la désinformation. Pour pouvoir réfuter des informations erronées, il faut être en possession des données. Ainsi, sur ma liste au Père Noël, mon dernier souhait serait de former et d’employer davantage de statisticiens dans le monde pour nous aider à lutter contre les idées reçues et permettre à chacun d’y trouver son compte.

Marie Owens Thomsen

Indosuez Wealth Management