Lettre aux Français: une opération de sauvetage du mandat de Macron pour la presse

Avec sa lettre aux Français dévoilée dimanche soir, Emmanuel Macron tente « de sauver la suite de son mandat » jugent la majeure partie des éditorialistes, quand d’autres enjoignent leurs lecteurs à participer au grand débat.

Pour Stéphane Albouy du Parisien, Emmanuel Macron a pris la plume comme l’avaient fait avant lui François Mitterrand et Nicolas Sarkozy.

A la différence que ses prédécesseurs étaient candidats à la présidence et défendaient leur programme de campagne, alors que « notre actuel président essaie pour sa part de sauver la suite de son mandat ».

« Avec cette adresse aux Français, le chef de l’Etat est en fait candidat… à sauver les trois ans qu’il lui reste à passer à l’Elysée », pense également Paul Quinio de Libération qui voit la lettre du président comme un « écrit de rattrapage ».

« L’arrogant Jupiter tente avec ce texte de se mettre à hauteur de rond-point », juge l’éditorialiste qui trouve l’exercice « périlleux ».

Dans L’Union, Carole Lardot Bouillé fait chorus: « l’exercice est périlleux. Emmanuel Macron sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. »

« Une +chance pour la France+, comme l’a dit Marc Fesneau, ce grand débat national? », demande Guillaume Tabard du Figaro qui estime qu’il s’agit d' »une dernière chance pour Emmanuel Macron en tout cas, s’il veut régler la crise autrement que par des scénarios politiques catastrophes pour lui. »

François Ernenwein de La Croix est d’avis qu’il manque au chef de l’Etat « la crédibilité nécessaire pour convaincre qu’il va vraiment lutter contre les fractures sociales et territoriales en France ».

L’éditorialiste du quotidien catholique admet toutefois que le président « peut encore parvenir à sortir son mandat de l’étau de la puissante contestation et des lourdes contraintes budgétaires ».

Dans Les Echos, Cécile Cornudet est sceptique quant à la volonté d’écoute d’Emmanuel Macron qui « se prête à l’exercice du grand débat comme s’il fallait bien en passer par là, mais sans réelle conviction pour le coup. »

Sans surprise, la lettre aux Français reste « lettre morte » pour Paule Masson de l’Humanité qui affirme qu’elle « ne peut être reçue que comme une provocation. »

« Pas un mot sur les salaires, le pouvoir d’achat, mais l’affirmation qu’il ne rétablira pas l’ISF, » s’insurge l’éditorialiste du quotidien communiste.

« Le président joue gros », assure Bernard Stéphan (La Montagne Centre France)qui considère que de la réussite ou de l’échec du grand débat « dépend la suite du quinquennat d’Emmanuel Macron. »

« Comme dans le village d’Astérix, il y aura des engueulades et des débordements, mais, en vérité, l’issue de ce grand débat dépend de nous tous et d’abord de notre volonté de comprendre avant de juger », croit Vincent Trémolet de Villers du Figaro qui espère « une conversation civique ».

Dans le camp des plus optimistes, Sébastien Georges de L’Est Républicain songe que « ce grand débat peut constituer un des actes fondateurs de la nouvelle gouvernance qu’il avait promise », mais « à condition de tenir compte de ce qui en sortira, sans le cadenasser pour qu’il ne fasse pas pschitt. »

« Faut-il plus de services publics ou moins d’impôts ? Cruel et universel dilemme que le président de la République décline dans sa lettre ».

Laurent Bodin dans L’Alsace note que le président « place les Français devant leurs responsabilités », « habilement », souligne-t-il.

« C’est à un incroyable exercice de renouvellement de la démocratie et de la politique que nous sommes en train d’assister », s’enthousiasme Patrice Carmouze dans L’Eclair des Pyrénées.

« C’est donc aux citoyens de s’emparer de ce débat, de prendre, en quelque sorte le pouvoir », prévient-il.

« Emmanuel Macron tente avec ce courrier de nous mettre devant nos responsabilités, les siennes et tous les choix à venir », constate Jean-Louis Hervois de la Charente Libre.

Dans Ouest France, Stéphane Vernay considère que « le chef de l’État mette autant de sujets sur la table, sachant que toutes les réponses n’iront pas dans son sens, est, de fait, totalement inédit ».

Pour l’éditorialiste du quotidien de l’Ouest, cette lettre « plus qu’un engagement, c’est un contrat. Il faut le prendre au mot. En participant ».

La Lettre aux Français risque d’aboutir à un simple « raccommodage » selon les maires ruraux

La lettre d’Emmanuel Macron aux Français est « une rampe de lancement » pour le grand débat national qui « pose bien le diagnostic », a estimé lundi le président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), qui craint toutefois un simple « raccommodage ».

Le chef de l’Etat y « retrouve les accents de la campagne électorale (de 2017) avec des thématiques qui sont présentées, un diagnostic bien posé, les difficultés identifiées », « mais ce qu’il en fera reste un petit peu flou », a estimé sur RTL Vanik Berberian, dont l’association représente près d’un tiers des maires des communes de moins de 3.500 habitants. Il a dit « crain(dre) que ce soit encore une fois du raccommodage et non pas des changements de fond ». « C’est une rampe de lancement pour le débat », a-t-il salué, « mais j’aurais souhaité qu’il fasse un état des lieux de ce que vit la France depuis 30 ou 40 ans, pas depuis un an et demi », a-t-il ajouté en évoquant « la fracture territoriale », car « on risque de continuer à être dans cette difficulté » si « on ne revoit pas (ses) fondements ».

M. Berberian a en outre jugé « très maladroit » le fait de demander aux Français quels services publics pourraient être selon eux supprimés, car les gens demandent le contraire. « La question n’est pas de les supprimer mais de les faire évoluer dans la forme », a-t-il souligné, critiquant « une méconnaissance de ce qui se passe » de la part du chef de l’Etat sur ce terrain. Concernant le sujet de l’immigration que M. Macron souhaite voir abordé pendant le grand débat, M. Berberian a souligné qu’il n’apparaissait qu’en « huitième position sur 11 » sujets identifiés dans les cahiers de doléances ouverts par les maires.

Donc « le sujet n’est pas là ». Sur BFMTV, Philippe Laurent, secrétaire général de l’Association des maires de France, qui représente près de 35.000 maires et présidents d’établissement publics de coopération intercommunale, s’est dit « surpris qu’à peine 18 mois après l’élection présidentielle on soit encore à ce niveau de débat ». Jugeant de nouveau « un peu fort de café » que l’exécutif demande aux maires d’organiser le débat, il a confirmé que « chaque maire fera ce qu’il entend faire » mais qu’ils « ne souhaitent pas porter la responsabilité de la situation telle qu’elle est ni des résultats de ce débat ».