L’escalade / La Russie face aux pays occidentaux

Jacques Hillion / Voici un nouveau front diplomatique qui s’ouvre pour la Russie. Sans surprise, la Première ministre britannique, Theresa May, vient d’annoncer des sanctions contre la Russie. Londres tient en effet Moscou responsable de l’empoisonnement sur son sol d’un ex-espion. Des accusations qui, si elles sont rejetées par les autorités russes, n’en sont pas moins l’expression d’un nouveau bras de fer qui n’implique pas seulement ces deux pays. Les principaux alliés du Royaume-Uni – parmi lesquels la France, l’Allemagne, l’Union européenne, les Etats-Unis et le Canada – lui apportent en effet leur soutien… plus ou moins actif, il est vrai. A l’image d’un Trump qui se montre finalement beaucoup moins ferme envers les Russes que le secrétaire d’Etat qu’il vient de limoger. En tout cas, cette crise est la plus grave depuis celle des missiles qui voyait les deux blocs s’affronter à coups de menaces balistiques sur le territoire européen.

Qu’elle intervienne à l’heure du Brexit complique encore son déroulement. Si l’expression d’une solidarité européenne a été rapide, il n’est pas évident que l’UE suive Londres dans de nouvelles sanctions contre Moscou. La Russie est en effet, jusqu’au 15 septembre au moins, sous le coup de sanctions prises en rétorsion contre l’annexion de la Crimée après l’arrivée au pouvoir à Kiev d’un régime pro-occidental. Le conflit qui sévit entre séparatistes prorusses et forces loyalistes dans l’est de l’Ukraine est, à ce jour, la plus importante pierre d’achoppement sur laquelle les relations entre Moscou et les pays occidentaux butent.

En fait, les crises – ou les provocations – ne cessent de s’accumuler. Les fortes accusations d’ingérence russe dans la campagne électorale du Brexit de la part de Theresa May font écho au soutien consenti au parti d’extrême droite de Marine Le Pen et aux «fake news» et autres campagnes de désinformation dénoncées lors de la campagne présidentielle française par exemple. Moscou rejette systématiquement ces accusations même si le travail de déstabilisation des pays occidentaux est de plus en plus souvent dénoncé par des analystes et des reportages.

En annonçant la suspension des contacts bilatéraux entre les deux pays et l’expulsion de 23 diplomates russes, Theresa May alimente cette drôle de joute qui se tient actuellement avec ce grand voisin de l’UE qu’est la Russie.

Si elle brosse dans le sens du poil son opinion, il y a de fortes chances qu’elle renforce également l’image d’un Vladimir Poutine qui n’a de cesse de défier l’Occident pour montrer que la Russie a retrouvé sa grandeur d’antan et qu’il faut compter avec elle.

Poutine a la force de l’autocrate pour lui. Il est au pouvoir depuis dix-huit ans et n’a aucun doute sur sa réélection, qui lui laissera les rênes du pouvoir de son pays au moins jusqu’en 2024.