Les petites affaires du député Guy Arendt au Panama

Photo: DP

Le Registre public de Panama, équivalent du mémorial luxembourgeois est parfaitement clair: y sont inscrits une foultitude de sociétés établies au Panama par des Luxembourgeois. Parmi eux, des avocats appartenant aux grands cabinets qui ont pignon sur rue, au monde des affaires. Et au monde politique.
Ainsi, le député libéral Guy Arendt, bourgmestre de Walferdange,  avocat chez Bonn & Schmitt, aux commandes jadis de huit sociétés au Panama. Selon le registre, deux de ces sociétés sont aujourd’hui dissoutes. Dans cinq autres, son nom n’apparaît plus. Reste l’International business participations s.a. où il est censé exercer la fonction de trésorier aux côtés de deux de ses collègues de Bonn & Schmitt. Guy Arendt ne nie pas sa présence, via des sociétés panaméennes. Pour lui, c’est de l’histoire ancienne. «Et j’ignore si j’apparais encore aujourd’hui dans une société. C’est à vérifier. Si c’est le cas, je démissionnerai tout de suite. Je ne veux plus rien à voir avec des sociétés établies dans ces pays, même si toutes n’exercent pas des activités illégales.»
La lecture du registre permet de constater que les sociétés sont dirigées par quelques noms qui reviennent sans cesse. Comme Carlos Zeyen, mais, pour ce qui le concerne, aux commandes de sociétés aujourd’hui dissoutes. Il faut dire que Zeyen, qui, naguère, a déjà nié toute activité  dans cet Etat, est devenu magistrat (anti-blanchiment) à Luxembourg, puis vice-président d’Eurojust, à La Haye, avant de revenir au pays comme magistrat «hors-cadre», en 2013.
La connivence entre la Place et le monde politique n’a rien de neuf. Le sulfureux Nadhmi Auchi, Luxembourgeois d’origine irakienne, qui dispose aussi de sociétés au Panama, gère  également  sa banque General Mediterranean Holding. Le site, pour attirer sa clientèle, rappelle sa présence dans les Iles Vierges Britanniques, aux Caïmans, etc. Jacques Santer, ancien Premier ministre, apparaît encore sur le site de cette banque. Nadhmi Auchi indiquait la collaboration aussi de Jacques Poos, ancien ministre, et de feu Nic Mosar, vice-président de la Chambre des députés.

Ancrage dans la vie publique

Son fils, Laurent Mosar, député et ancien président de la Chambre, spécialiste de la finance russe, fait savoir, via le site De Wolf & Partners Luxembourg,  qu’avec «des ancrages solides dans l’environnement luxembourgeois comme résultante de l’engagement de certains de ses membres dans la vie publique et associative, De Wolf & Partners Luxembourg a pour vocation d’offrir des solutions légales pratiques destinées à une clientèle issue du monde des affaires, qu’elle soit domestique ou internationale.»
Quant au cabinet  Bonn & Schmitt, où travaille Guy Arendt, il n’est pas peu fier de rappeler son action dans le cadre du dossier Qatar-Cargolux. En juin 2011, Qatar Airways avait  pris 35% du capital de Cargolux. Pour les remettre au gouvernement deux ans plus tard. L’ancien président du conseil d’administration de Cargolux, Albert Wiltgen – il est aussi administrateur des biens de la Cour grand-ducale – apparaît lui-aussi au Panama notamment dans deux sociétés, Fayez corp. et Frejemi corp., toujours en exercice, selon le Registre panaméen.
La finance s’est-elle accaparé la politique ? La Place, via les grands cabinets d’avocats, dispose de quelques têtes de pont à la Chambre, comme nous avons eu l’occasion de l’écrire lors de notre publication sur SwissLeaks : Guy Arendt (DP), Léon Gloden et Laurent Mosar (CSV), Franz Fayot (LSAP) et, pourquoi pas, le cabinet  Roy Reding (ADR) très féru du droit immobilier et des sociétés. Celui-ci ne précise-t-il pas que «l’importance de la Place financière et du secret bancaire font que nos activités comportent également la fiducie et la domiciliation de sociétés.» Ces mêmes parlementaires, de même que Joëlle Elvinger (DP), siègent ensemble, par exemple, à la sous-commission sur la réforme du droit des sociétés.
Est-ce vraiment anodin  si ces avocats se retrouvent ensemble dans le même travail parlementaire pour faire avancer des lois qui les intéressent, intellectuellement sans doute, mais aussi professionnellement?  Ce n’est en tout cas pas le sentiment des députés de  la Gauche.
Ces avocats, des lobbyistes? Guy Arendt le conteste fermement. «Pas du tout, plaide-t-il, nous faisons d’une part notre métier d’avocat, d’autre part celui de député. Il n’y a rien d’étonnant à cela. Qu’y a-t-il de plus normal qu’un député qui travaille dans un cabinet d’affaires, de plus normal qu’un député qui connaît la matière,   s’occupe de revoir certaines lois. C’est vrai que des députés s’inquiètent de cela, mais ça n’a pas de sens.»

Michel Petit et Olivier Tasch

1 commentaire

  1. Aus dem Député-maire Guy ARENDT ass längst den Här Staatsekretär ginn. Et kann ee verstoën dat net all Mënsch dat – bei deem Här sengem iwwerdriwwenen Aarbechtseifer – matkritt huet, mais eng Zeitung ka sech dee Faux-pas awer net leeschten 😉
    PS: Elo wäert en nach manner ëmrappen, e muss sech jo lo ëm seng Dossier’sen bekëmmeren. wat en u sech net dierf, als Staatssekretär. Hoffen de Mann huet gudd Kollegen oder genuch Geld fir der ze bezuelen.