Les premières sélections du Goncourt et du Renaudot manquent d’audace

Peu de premiers romans voire aucun, des auteurs confirmés plutôt que débutants: les premières sélections de l’académie Goncourt et du Renaudot en vue de l’attribution des grands prix littéraires d’automne font la part belle aux valeurs sûres au détriment des découvertes.

Parmi la trentaine de romans sélectionnés lundi et mardi par les jurys du Renaudot et du Goncourt ne figurent que deux premiers romans. Et encore, ces deux titres, « Innocence » (Grasset) d’Eva Ionesco et « Fief » (Seuil) de David Lopez, ne figurent que dans la sélection du Renaudot. Le Goncourt n’a retenu cette année aucun premier roman. Parmi les 390 livres d’auteurs francophones de la rentrée littéraire, on compte cette année 81 premiers romans. Les titres retenus dans la première sélection du Goncourt sont en lice automatiquement pour le convoité Goncourt des lycéens.

L’an dernier c’est l’auteur d’un premier roman, Gaël Faye, qui avait remporté ce prix grâce à sa sélection lors du premier choix de l’académie Goncourt. Alors que la diversité de l’offre est immense, les jurys du Goncourt et du Renaudot ont retenu cinq mêmes auteurs dans leur sélection.

Il s’agit d’auteurs confirmés, unanimement et justement salués par la critique: Kaouther Adimi pour « Nos richesses » (Seuil), François-Henri Désérable pour « Un certain M. Piekielny » (Gallimard), Olivier Guez pour « La disparition de Josef Mengele » (Grasset), son deuxième roman, Philippe Jaenada pour « La serpe » (Julliard) et Alice Zeniter pour « L’art de perdre » (Flammarion). La romancière Alice Zeniter doit recevoir vendredi le convoité prix des libraires de Nancy et est en lice pour le prix littéraire du journal Le Monde qui sera décerné mercredi. Trois autres auteurs sélectionnés par le Goncourt (François-Henri Désérable, « Un certain M. Piekielny », Gallimard; Patrick Deville, « Taba-Taba », Seuil et Monica Sabolo, « Summer », JC Lattès) sont également en lice pour le prix du Monde. La romancière Véronique Olmi, sélectionnée par le Goncourt pour « Bakhita » (Albin Michel) compte parmi les cinq finalistes du prix Fnac qui sera décerné le 13 septembre. Cela ne veut pas dire que les jurys des grands prix littéraires ne jurent que par les « valeurs sûres » de la littérature. Ils ont choisi d’ignorer dans leur sélection plusieurs titres plébiscités par le public. C’est ainsi qu’on ne trouve pas Amélie Nothomb dont le 25e roman, « Frappe-toi le coeur » (Albin Michel) est en tête des meilleures ventes en catégorie romans, ni le populaire Sorj Chalandon (« Le jour d’après », Grasset). Parmi les autres oubliés de marque, on remarque notamment l’absence de Chantal Thomas (« Souvenirs de la marée basse », Seuil) ou d’Eric Reinhardt (« La chambre des époux », Gallimard). Il faut également souligner que certains des auteurs sélectionnés, même si ce ne sont pas des primo-romanciers, manquent encore de notoriété. C’est le cas d’Yves Bichet, pourtant finaliste du Femina en 2014, qui a été sélectionné par le Renaudot pour « Indocile » (Mercure de France) ou d’Alexis Ragougneau, retenu par l’académie Goncourt pour « Niels » (Viviane Hamy). La plus grande surprise est la sélection dans la liste du Goncourt du roman d’Eric Vuillard, « L’ordre du jour » (Actes Sud), un fantastique récit sur la prise du pouvoir des nazis en Allemagne. Le roman est sorti en mai bien avant la rentrée d’automne.

Le jury du Renaudot affinera sa sélection à deux autres reprises les 3 et 31 octobre. L’académie Goncourt fera connaître sa deuxième sélection le 11 octobre à l’occasion de la Foire du livre de Francfort dont la France est le pays invité d’honneur, puis désignera ses finalistes le 30 octobre.

Le Goncourt et le Renaudot seront décernés le 6 novembre. La semaine prochaine ce sera au tour des jurys du prix Médicis (le 13 septembre) puis du prix Femina (le 14 septembre) de dévoiler leur première sélection.

 

Quinze titres dans la première sélection du Goncourt

 

L’académie Goncourt a dévoilé mardi sa première sélection de 15 romans en lice pour le plus prestigieux prix littéraire du monde francophone, décerné le 6 novembre.

Cinq des romanciers retenus par les Goncourt figurent déjà dans la première sélection du Renaudot. La liste du Goncourt n’a retenu aucun premier roman. La surprise vient de la sélection d’Eric Vuillard pour « L’ordre du jour » (Actes Sud), un roman paru au printemps dernier et non lors de la rentrée de septembre.

Voici la sélection par ordre alphabétique d’auteurs: – Kaouther Adimi, « Nos richesses » (Seuil) – Patrick Deville, « Taba-Taba » (Seuil) – Jean-François Désérable, « Un certain M. Piekielny » (Gallimard) – Brigitte Giraud, « Un loup pour l’homme » (Flammarion) – Olivier Guez, « La Disparition de Josef Mengele » (Grasset) – Yannick Haenel, « Tiens ferme la couronne » (Gallimard) – Philippe Jaenada, « La serpe » (Julliard) – Marie-Hélène Lafon, « Nos vies » (Buchet-Chastel) – Véronique Olmi, « Bakhita » (Albin Michel) – Alexis Ragougneau, « Niels » (Viviane Hamy) – Yves Ravey, « Trois jours chez ma tante » (Minuit) – Monica Sabolo, « Summer » (J.C. Lattès) – Frédéric Verger, « Les rêveuses » (Gallimard) – Eric Vuillard, « L’ordre du jour » (Actes Sud) – Alice Zeniter, « L’Art de perdre » (Flammarion)

La prochaine sélection aura lieu le 11 octobre à l’occasion de la Foire du livre de Francfort, dont la France est le pays invité d’honneur.

Alice Zeniter remporte le prix des libraires de Nancy

La romancière Alice Zeniter va recevoir le prix des libraires de Nancy pour son roman « L’art de perdre » (Flammarion), a-t-on appris auprès de l’hebdomadaire Le Point qui parraine ce prix très convoité.

Le prix sera décerné à la romancière vendredi après-midi à l’occasion du Livre sur la Place de Nancy, première grande manifestation littéraire de la rentrée. Le prix des libraires de Nancy a prédit trois fois d’affilée le futur Goncourt. Cela a été le cas en 2013 avec Pierre Lemaitre pour « Au revoir là-haut » (Albin Michel), en 2014 avec Lydie Salvayre pour « Pas pleurer » (Seuil) et en 2015 avec Mathias Enard pour « Boussole » (Actes Sud). L’an dernier, le prix avait récompensé Jean-Baptiste Del Amo pour « Règne animal » (Gallimard), récompensé ensuite par le prix du livre Inter (dont Alice Zeniter fut lauréate en 2013). Paru le 16 août et salué unanimement par la critique, « L’art de perdre » est un récit puissant sur les non-dits de la guerre d’Algérie qui nous raconte avec une rare empathie le destin d’une famille française dont le grand-père fut harki. L’histoire est racontée du point de vue de Naïma, jeune Française d’aujourd’hui, qui ignore tout ou presque du pays de son grand-père contraint à l’exil au moment de l’indépendance du pays. Alice Zeniter, 31 ans, était en lice face à dix autres auteurs. Son roman figure dans plusieurs autres sélections littéraires dont le prix du journal Le Monde qui sera décerné mercredi et le prix Renaudot, un des plus prestigieux prix littéraires francophones.