Les dirigeants d’entreprise pleurent la fin du dialogue social

Photo: Editpress / François Aussems

Marc Fassone – mfassone@le-jeudi.lu / L’UEL publie un sondage réalisé auprès de ses membres. Sondage qui n’épargne ni les organisations syndicales ni le gouvernement.

Pour célébrer dignement la première édition de la conférence des membres élus rassemblant les représentants des assemblées plénières et conseils d’administration des Chambres professionnelles et des fédérations patronales du Luxembourg, quoi de mieux qu’un sondage? C’est ce que s’est dit l’UEL qui a demandé à TNS Ilres d’en produire un afin de mieux cerner les préoccupations des entreprises.
Le premier point mis en exergue, c’est la qualité du dialogue social. Si les intéressés le jugent bon à 85% au sein de leur entreprise – 3% vont même jusqu’à le qualifier d’excellent –, cette belle unanimité fait long feu au niveau national où 64% des entrepreneurs le considèrent comme mauvais, voire très mauvais pour 20% d’entre eux.
Jean-Jacques Rommes, l’administrateu délégué de l’UEL, déplore cet état de fait et souligne que «tout se passe bien au niveau des entreprises, dans l’intérêt commun bien compris des responsables d’entreprise et de leurs équipes».
A qui la faute? Sur les 64% de patrons qui jugent le dialogue social au niveau national mauvais, 64% en imputent la faute aux syndicats, 46% au gouvernement et seulement 20% aux organisations patronales (NDLR: plusieurs réponses étaient possibles). Jean-Jacques Rommes a son avis sur les causes de cette dégradation. Il note que si on en est arrivé là, les torts sont partagés. Il reproche au gouvernement d’avoir cassé le mécanisme de la tripartite.
«L’ancien gouvernement a tué la formule et le nouveau en a fait une manifestation d’où il ne sort aucun résultat», détaille-t-il.
Et les syndicats ne sont pas épargnés: «Depuis dix ans, l’OGB-L, suivi par les autres syndicats, conteste tous les faits et les études, nationales comme internationales, qui lui sont présentés. Ils n’agissent pas en fonction des faits mais en fonction de leurs convictions. Ils n’acceptent que les faits produits par la Chambre des salariés. On ne peut plus discuter.»
Les intéressés apprécieront.

Trop gentils

Tout comme le gouvernement.
Pour 26% des sondés, il agit contre les entreprises. 3% disent même qu’il agit «totalement» contre les entreprises. 42% sont sans avis et 27% estiment que l’exécutif agit en leur faveur.
Un match nul serait-on tenté de dire. Pas si on adopte une vision «dynamique». 28% des entreprises considèrent que l’attitude du gouvernement actuel est plus mauvaise que celle de l’ancien gouvernement. Ils ne sont que 20% à penser le contraire. Jean-Jacques Rommes ventile le propos: «L’action gouvernementale est perçue très positivement dans les secteurs de la finance et des TIC, clairement prioritaires. Mais les entreprises existantes dans les secteurs traditionnels du pays, notamment le commerce et la restauration, se sentent délaissées au profit de ces secteurs de pointe largement soutenus par l’action gouvernementale.»
Si l’UEL soutient cette stratégie d’avenir «tournée vers l’indispensable développement international de notre pays, les entreprises des autres secteurs représentent, aujourd’hui et pour toujours, la colonne vertébrale de notre économie et ne doivent pas être les laissées-pour-compte de la politique».
Le message est clair.
Reste à voir si l’UEL peut le porter.
Sans surprise, les adhérents des diverses organisations patronales constituant l’UEL sont sans réserve derrière leurs représentants, même si un certain manque de clarté transparaît. Des représentants à qui ils reprochent cependant d’être trop conciliants avec les interlocuteurs. De là à penser que les patrons, lors des prochains rendez-vous tripartites, montreront leurs muscles, il n’y a qu’un pas que n’a pas franchi Jean-Jacques Rommes.
Mais de force de persuasion, il risque d’en avoir besoin pour faire avancer les cinq dossiers prioritaires aux yeux de ses ouailles: la simplification administrative, la lutte contre l’absentéisme abusif, la flexibilisation du temps de travail, la réforme de la fonction publique et l’évolution vers un réel statut unique et enfin, la réforme de l’éducation nationale. Des dossiers qui demanderont une grande force de conviction.
On notera au passage que l’index n’est plus au top 5 des priorités patronales. «Les patrons sont des gens pragmatiques. L’index n’est plus un sujet actuellement.»