Les deux font la paire

Alain Ducat  / Le tennis et le jeu: avec de jeunes pratiquants ou en exhibition pour un public ciblé, les «old stars» ont la banane.

Mats Wilander, Mikael Pernfors, Mansour Bahrami et Pat Cash ont régalé Bertrange de leurs facéties talentueuses

Quel est le point commun entre Mats Wilander, Mikael Pernfors, Mansour Bahrami et Pat Cash? De prime abord, c’est facile: ils ont tous un passé tennistique de bon aloi, et une carrière professionnelle bien remplie. En allant un peu plus loin, jusque Bertrange par exemple, un autre trait apparaît rapidement: le plaisir du jeu, transmission incluse.

Car ils ont beau être là pour le show très calibré et les obligations contractuelles qui vont avec, en l’occurrence l’annuel Tennis Classics – le KBL European Private Bankers TTL Open – orchestré par l’équipe de Raymond Haag, on les sent disponibles, souriants sans se forcer, prêts à donner cette pêche en retour aux amateurs.

Et ça commence dès leur entrée sur le court du Centre Atert. En ce mardi, veille de leur match exhibition, les quatre mousquetaires sont déjà à l’échauffement, alors qu’arrivent les jeunes gens auxquels ils vont donner la réplique. Une douzaine de sélectionnés, qui vont avoir droit à un «clinic», une séance d’échanges de balles et de conseils.

Les parents, derrière le smartphone ou la tablette, sont sans doute plus impressionnés que ces gamins que l’aura des «vieilles gloires» n’atteint guère. Ils n’étaient même pas dans les rêves de leurs parents quand, en 1986, Bahrami rejoignait le circuit ATP à plein temps, ni en 1997, quand le Franco-Iranien créa le Trophée des Légendes à Roland-Garros.

Ces apprentis de la balle jaune n’ont sans doute qu’une vague idée des exploits de Mikael Pernfors, en 1986 aux Internationaux de France: le Suédois, après avoir écarté Boris Becker et Henri Leconte, s’inclinait en finale face à Ivan «le terrible» Lendl. Un fait d’armes dans un palmarès qui l’a aussi amené en finale de la Coupe Davis. Il y avait perdu un match épique, en cinq sets, contre… Pat Cash. Hasard: l’Australien a aussi rallié le carré d’as de Bertrange. «J’adorais son style», commente un père avisé, qui se souvient de la victoire àWimbledon en 1987.

Quant au quatrième larron, Mats Wilander, il rayonne de sympathie, malgré son statut d’ancien numéro 1 mondial (en 1988) et ses sept triomphes en Grand Chelem…

Mais le plateau a beau être de choix, les invités démontrent que dans jouer au tennis, il y a d’abord jouer. Et, face aux jeunes, visant les traces de Muller ou Minella, ils ont la banane, le sourire communicatif, l’œil du pro pour donner le petit truc ou l’encouragement qui va bien.

Alors, le lendemain, quand le Centre Atert s’illumine et se remplit de sons tonitruants pour des gradins de fans ou de VIP, c’est encore ce sens du jeu qui transcende tout.

Le match n’a aucune importance en soi, même s’il est dûment arbitré – quoique truffé de clins d’œil complices –, mais, derrière les pitreries et les facéties de ces légendes qui s’amusent, il y a le talent, le fruit de gestes mille fois tentés et recommencés.

Toute la panoplie y passe, au service du show. Les deux paires se toisent, s’échangent, se croisent, jonglent, cabriolent, font mine de contester ou de se liguer à trois contre un, font le coup de la main à cinq balles cher à Bahrami, celui du bandeau accessoire de Pernfors, le saut du kangourou qui paie Cash ou le geste redoutable d’élégance et d’intelligence du stratège Wilander.

Et le plaisir de l’amateur ne subit aucun revers: ça lui fait un coup droit au cœur du court. Derrière le show et ses besoins, c’est encore une fois le tennis qui gagne.