Les couleurs du bonheur

Dominique-Marie van de Kerckhove / Olav Christopher Jenssen au Saarlandmuseum, Moderne Galerie jusqu’au 22 février

De l’œuvre de cet artiste norvégien ayant participé à la «Documenta IX» (1992) se dégage une jubilation chromatique maîtrisée par la géométrie ou libérée par la vie.

Les œuvres choisies sont celles des dernières années et deux séries, réalisées en été 2014, sont exposées pour la première fois: il s’agit des Talpas paintings et des céramiques vernies Les Libertines.

490_0008_14130433_OlavLe premier tableau qui accueille le visiteur synthétise l’œuvre de Jenssen: on y retrouve l’attrait pour le grand format et il y a un titre qui informe: Lack of memory/Résumé 1991-2014. Ces dates n’expriment pas une durée mais la métamorphose d’un ancien tableau retravaillé.

[cleeng_content id= »t1″ price= »0.49″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l’acheter à l’unité ou via un abonnement »]Sa surface lisse en 1991 devient accidentée en 2014, car Jenssen y finit ses tubes de peinture. Ce qui était surface devient fond et ce qui était surtout une déclinaison de verts se retrouve égayée par des pépites de couleurs (soigneusement choisies, ce n’est pas le hasard qui décide).

Les lignes qui innervent la nouvelle œuvre évoquent le Letharia Painting de 2012, annoncent ou s’inscrivent dans la série des Talpas paintings. Qui elles se caractérisent par une mise en scène des éléments picturaux qui sont la signature du peintre: ils sont placés à la périphérie du centre de la toile qui reste souvent blanc, comme dans la série Bretagne (2010).

Ivresse

Rien de géographique ou de représentatif dans cette série aux motifs géométriques qui évoluent discrètement d’une œuvre à l’autre: le blanc central est encadré de noir et de gris-bleu.

Les toiles sont accrochées sur des cimaises peintes en gris-taupe et le centre de cette salle accueille The limboes, constructions en métal recouvertes de jute plâtré blanc et qui évoquent les chapeaux de fées géologiques, suspendues au plafond et ne touchant pas le sol. Le lisse et le rugueux des matières, le contrôle de la ligne dans les tableaux et le désordre baroque des objets dialoguent entre eux dans une gamme chromatique très stricte, très distinguée.

Il en va différemment dans The Protagonist. Les œuvres sont géométriques, les couleurs claires et gaies sont mises en valeur par la forme répétitive du long triangle horizontal aux dimensions variables mais sans excès, et les rectangles de blanc jouent un rôle d’apaisement pour l’œil. Dans Panorama la démarche est inverse: les blocs chromatiques – peu lumineux – sont encadrés de gris pâle et cette inversion fait curieusement perdre beaucoup de dynamisme à l’ensemble.

Olav Christopher Jenssen dit de lui-même qu’il n’a pas de message à délivrer, il peint pour le bonheur de peindre, de se laisser enivrer par les couleurs. Il maîtrise aussi bien les lignes géométriques que les lianes végétales peintes au couteau. Les grandes toiles sont complétées par une série de dessins, d’aquarelles, de textes donnant un aperçu de la personnalité de l’artiste.

Le catalogue est un bijou: une analyse et une conversation animée avec l’artiste de Roland Mönig, le nouveau directeur du Saarland Museum ainsi qu’un texte littéraire de l’auteur norvégien contemporain Dag Solstad. Art et littérature comme au début du XXe… Que du bonheur!

Saarlandmuseum, Bismarkstraße 11-19, Sarrebruck. Du mardi au dimanche de 10.00 à 19.00h, le mercredi jusqu’à 20.00h. Infos: www.saarlandmuseum.de

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