Les Allemands de Roumanie viennent… du Luxembourg!

Une impressionnante file d'attente de citoyens roumains originaires de Luxembourg, d'Allemagne, de Belgique et de France a attendue des heures Boulevard de la Pétrusse devant l'Ambassade de Roumanie avant de pouvoir voter pour les élections présidentielles
Une impressionnante file d'attente de citoyens roumains originaires de Luxembourg, d'Allemagne, de Belgique et de France a attendue des heures Boulevard de la Pétrusse devant l'Ambassade de Roumanie avant de pouvoir voter pour les élections présidentielles
Une impressionnante file d’attente de citoyens roumains originaires de Luxembourg, d’Allemagne, de Belgique et de France a attendue des heures Boulevard de la Pétrusse devant l’Ambassade de Roumanie avant de pouvoir voter pour les élections présidentielles

Déportés après la seconde guerre mondiale, vendus par Nicolae Ceausescu sous le régime communiste ou émigrés en quête d’une vie meilleure après 1990, les Allemands de Roumanie, dont la figure de proue Klaus Iohannis vient d’être élu président, sont une communauté en voie d’extinction.

Appelés Saxons ou Souabes, selon leur origine et la région où ils se sont établis, les membres de cette minorité étaient 800.000 entre les deux guerres. Ils ne sont plus que 36.000 actuellement, selon le dernier recensement datant de 2011. Leurs ancêtres, des colons provenant de la région actuelle du Luxembourg, se sont installés en Transylvanie (centre) au XIIe siècle. Ils ont été suivis aux XVIIIe et XIXe siècles par des Allemands originaires de la région de Stuttgart qui se sont installés dans l’ouest et le nord du pays.

Pendant la seconde guerre, 63.000 Allemands de souche furent enrôlés de force dans la Wehrmacht. Après la guerre, environ 75.000 membres de cette communauté furent déportés dans l’Union soviétique et contraints à des travaux forcés. « Mes grand-parents ont été du nombre des déportés, je me souviens qu’il me racontaient le calvaire qu’ils ont vécu », confie à l’AFP Wiegand Fleischer, 38 ans, un entrepreneur et conseiller local d’origine allemande de Sibiu (centre).

Entre 1968 et 1989, Saxons et Souabes sont devenus une « marchandise »: exploitant le souhait de l’Allemagne de les aider à émigrer, la Securitate, la redoutable police politique de Ceausescu, se livra à un marchandage sans scrupules. Quelque 230.000 d’entre eux furent vendus à l’Allemagne pour des « prix » allant de 2.000 à 10.000 marks allemands, selon le récit d’un ancien « négociateur », Heinz Günther Hüsch. « Chaque personne avait un prix, selon son statut et son éducation », a-t-il raconté à la presse roumaine.

Aussitôt après la chute du régime communiste en décembre 1989, l’exode des Allemands de souche se poursuivit, environ 200.000 d’entre eux quittant la Roumanie en l’espace de deux ans. « La moitié de mes camarades de classe sont partis en quelques mois seulement », se souvient M. Fleischer. Parmi ceux qui ont choisi l’Allemagne ont figuré les parents de M. Iohannis. « Par deux fois, sous le régime communiste et après sa chute, je me suis demandé si je devais partir ou rester. J’ai décidé de rester parce qu’ici je suis chez moi et parce que j’ai pensé que j’avais une chance unique de contribuer au développement de Sibiu, ma ville natale », a récemment confié M. Iohannis à quelques journalistes. Dans cette ville de 137.000 habitants dont M. Iohannis est maire depuis 2000, 1% à peine de la population appartient à cette minorité.

Aujourd’hui, l’essentiel des Allemands de souche de Roumanie sont âgés, déplore M. Fleischer. S’ils disposent d’écoles en leur langue maternelle, ils regrettent de ne pas avoir suffisamment de professeurs pour répondre à l’énorme intérêt des enfants et des jeunes pour l’enseignement en allemand.

AFP