L’église au milieu du village

Thierry Nelissen et Olivier Tasch/ Le CSV dans ses petits souliers

Les derniers sondages lui promettent une voie royale pour les échéances électorales à venir.

Si on votait dimanche, le CSV raflerait la mise. Selon la «Sonndesfro» du Tageblatt, 27 députés chrétiens-sociaux occuperaient les bancs du parlement. Ce serait un de plus qu’à la sortie des urnes en 2009, élection au cours de laquelle le CSV réalisait un score record avec plus de 38% des suffrages. Historique. Difficile de faire mieux… C’est pourtant ce que suggère le sondage, bien qu’en termes de pourcentage le parti n’atteindrait «que» 37%.

Détail, et pas des moindres, il n’y a pas d’élections ce dimanche, ni celui d’après. Il faudra attendre 2018 pour les législatives, 2017 pour les communales. Les responsables du parti affichent de larges sourires et même s’ils affirment tous qu’il ne s’agit que d’un sondage, le parti est clairement renforcé. Preuve s’il en est que même sans Jean-Claude Juncker, les chrétiens-sociaux sont proches de l’hégémonie. Le président de la Commission européenne lui-même estimait, ce 9 janvier sur RTL, que ce sondage montre que ceux qui «ont formé un gouvernement contre le résultat électoral, reçoivent aujourd’hui la facture. Les gens réagissent. Je ne veux pas commenter la politique actuelle mais les trois partis qui sont au pouvoir ont donné l’impression que tout ce qui n’allait pas dans le pays était dû au CSV. Ils montrent aujourd’hui qu’ils ne sont pas à même de mieux gouverner que le CSV. Ce sondage, que je ne survalorise pas, montre ce qu’il montre. Je partage l’avis des gens». Autre élu CSV en 2013 et qui ne siège plus à la Chambre: le dauphin de Juncker, Luc Frieden, qui revient sur le devant de la scène avec la publication d’un livre dont il est le co-auteur. «S’il revient c’est un enrichissement pour la politique, commente Juncker, mais le choix lui appartient.»

Ami-ami

Croit-on voir l’ancien ministre des Finances Luc Frieden effectuer le retour spectaculaire de l’enfant prodigue? Il s’en défend. «Mais je n’ai jamais pris mes distances avec le parti. J’étais toujours là dans les grandes occasions. Oui, je réfléchis à mon éventuelle participation aux élections. Je pèse actuellement le pour et le contre; je n’ai pas pris ma décision, mais je ne la prendrai pas au dernier moment.» L’oppose-t-on à Claude Wiseler dans un duel fratricide? «Claude est avant tout un ami», lâche-t-il, le regard doux. Sentiment réciproque de Wiseler: si joute il y a, elle sera amicale…

Si l’homme de la Deutsche Bank se laisse à nouveau tenter par le combat électoral, il risque d’y avoir du monde dans la circonscription du Centre. Ainsi, Viviane Reding, 67 ans en 2018, est plus partante que jamais, peut-être auréolée encore de son succès aux européennes de 2014. «Oui, je compte me présenter. Mais on va tous se présenter, et on va faire un tabac tous ensemble», prévoit l’ex vice-présidente de la Commission.

«A vos plumes!» C’est en tout cas ce que suggère le «Dräikinneksgrupp», le groupe des Rois mages, agitateurs d’idées chrétiens-sociaux et qui tenaient salon ce 9 janvier. Le député Serge Wilmes estime que «la question de la tête de liste n’est pas essentielle à l’heure actuelle. Mais nous invitons tous ceux qui voudraient le faire à écrire un livre». Luc Frieden a tiré le premier, les autres pourraient suivre… «Le CSV ne doit pas gagner comme Hollande, qui a été élu parce que les gens ont voté contre Sarkozy. L’objectif, ce n’est pas que les gens votent contre la coalition mais pour le CSV», lance-t-il.

Un des principaux axes de réflexion des Rois mages porte sur l’école et le nouveau cours «Vie et société» appelé à remplacer des cours de religion et de morale laïque. «Nous ne faisons pas un combat d’arrière-garde pour maintenir le système actuel, assure Pierre Lorang. Mais il faut un consensus, une offre claire de ce cours « Vie et société » qui aujourd’hui est rempli de lacunes, eu égard à l’actualité notamment.» Des Rois mages qui songent déjà aux possibles coalitions. En termes d’alliances, il n’y a pas de tabou estiment-ils, le choix d’un éventuel partenaire devra se faire sur base des programmes et des valeurs. L’ADR, ou plutôt son électorat, se voit donc tendre la main. Car s’il n’y pas de tabou, «au niveau programmatique, on se rendra très vite compte qu’avec l’ADR, cela ne pourra pas marcher», estime Charel Schmit.