Vent nouveau

Emmanuel Macron sera-t-il le président de tous les bouleversements? En tout cas, il s’y emploie avec vigueur. Et ce, dès la très solennelle cérémonie d’investiture qu’il a imprimée de son rythme, montrant ainsi qu’il avait pris non seulement la mesure de sa fonction mais qu’il entend bien marquer le quinquennat qui s’ouvre de son sceau.
Un sceau centriste assurément. Et européen, comme l’a montré sa visite à Berlin. Macron veut construire un grand centre. Pour cela, il lui faut une majorité à l’Assemblée nationale. Il va donc puiser à droite et à gauche pour rassembler des gens de bonne volonté, pragmatiques, bien loin des crispations idéologiques qui se rencontrent aussi bien chez Les Républicains (LR) qu’au Parti socialiste (PS).
En choisissant comme Premier ministre le député-maire du Havre, Edouard Philippe, il fait d’une pierre deux coups. Il élargit sa base à la droite centriste, juppéiste, et «en même temps», comme aime à le dire le nouveau président, il sème la zizanie chez les conservateurs.
Après les socialistes qui n’ont pu que comptabiliser les ralliements des leurs au camp d’En marche pendant la campagne présidentielle, c’est au tour de LR d’être pris dans la tourmente. La cohabitation qu’un François Baroin espérait pouvoir mettre en place après les législatives n’est plus d’actualité. L’«appel des 22» à suivre le chemin tracé par Edouard Philippe continue à attirer les bonnes volontés bien au-delà des premiers signataires et, surtout, souligne la débandade chez LR.
Macron est en passe de réussir son pari et de construire ce centre dont François Bayrou s’imaginait à la tête. Autant dire qu’il devrait avoir les mains libres pour appliquer son programme, l’opposition devant se résumer au Front national – si le parti n’éclate pas à cause de la désastreuse campagne de la candidate Le Pen –, et à la France insoumise, qui tente de pérenniser les quelque sept millions de voix que Jean-Luc Mélenchon a su rassembler au premier tour de la présidentielle.
Inutile de se voiler la face, les clivages gauche-droite perdurent. La force de Macron est de les dépasser en ouvrant son mouvement et son gouvernement à celles et ceux qui souhaitent une nouvelle perspective pour la vie politique française.
Le nouveau gouvernement dévoilé mercredi17 mai en est d’ailleurs l’expression puisqu’il rassemble des politiques de droite, de gauche et du centre ainsi que des personnalités de la société civile. Il est l’expression de cette volonté de réduire au maximum l’influence des partis traditionnels.
Toujours est-il que l’optimisme affiché, les vieilles étiquettes mises au placard, une économie retrouvant lentement le sourire et un programme de réformes appelé à être rapidement mis en route sont autant d’éléments qui devraient porter le nouveau locataire de l’Elysée. Ils lui permettront aussi de sortir l’Hexagone du déclinisme dans lequel ce dernier s’est trop longtemps complu.
Et ça ne marche pas qu’en France. La rencontre entre Merkel et Macron relève, elle aussi, de cette confiance suscitée par le nouveau président. «Nouvelle dynamique», «refondation historique de l’Europe», les mots employés par les dirigeants allemand et français soulignent la nécessité et surtout la volonté de renforcer l’Europe, notamment grâce à l’axe Paris-Berlin.
Autant dire que souffle dorénavant un vent nouveau. Reste à savoir s’il est porteur de renouveau ou s’il se limitera à une tempête dans un verre d’eau.

Jacques Hillion