L’économie des plateformes, difficile à évaluer, est un défi pour la protection sociale

L’économie des plateformes, dont l’ampleur reste difficile à chiffrer, pose la question d’un nouveau statut intermédiaire entre salarié et indépendant, permettant une meilleure protection sociale pour ses travailleurs, selon une étude diffusée par le ministère du Travail.

A cause d’une définition très mouvante, l’économie des plateformes est « difficile à saisir pour les systèmes statistiques » et « on ne peut pas aujourd’hui évaluer de manière satisfaisante les gains (qu’elle) génère », prévient la Dares, service des statistiques du ministère. Des indices témoignent néanmoins de son essor dans certains secteurs: les créations d’entreprises dans le secteur « transport et entreposage », qui inclut les chauffeurs Uber, ont augmenté « de 45,8% en 2015 » et les nuitées dans l’hébergement touristique auraient progressé, entre 2015 et 2016, « de 29,9% pour les logements particuliers loués par l’intermédiaire de plateformes » comme Airbnb. Mais au-delà, « il est peu probable que l’effet macroéconomique soit à ce stade significatif », estime la Dares, qui cite une étude de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) selon laquelle les « plateformes d’emploi », où s’échangent biens et services produits au moins en partie par des travailleurs collaboratifs, auraient généré en 2015 « un volume d’affaires (…) de l’ordre de sept milliards d’euros, soit 0,3% du PIB ».

Et si cette économie peut être source de croissance – « augmentation du taux de rentabilité du capital » (voiture, logement…), « gains de pouvoir d’achat », « baisse des prix et amélioration de la qualité » dues à la concurrence accrue -, elle est aussi source « d’inquiétudes sur l’avenir de la qualité des emplois ». La Dares donne l’exemple d’Uber, qui « emploie moins de 1.000 salariés mais compte plus d’un million de chauffeurs associés »: « Si ce modèle se généralisait, une part conséquente de la production serait assurée hors du cadre traditionnel de l’entreprise et de la relation classique d’emploi ». « L’économie des plateformes peut donc faire voler en éclats le statut de salarié tel qu’il a été construit tout au long du XXe siècle », selon l’étude. Se pose alors la question de la création d’un « statut intermédiaire entre salarié et travailleur indépendant » pour ces collaborateurs « +économiquement dépendants+ des plateformes ». Ils sont aujourd’hui considérés comme des indépendants, avec une couverture sociale « moins favorable que celle des salariés », alors que leur situation « les exposent à des risques qui justifieraient une couverture plus protectrice », notamment « dans le domaine des accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) et de la perte de leurs revenus », estime la Dares.

AFP