La leçon allemande / L’échec de la coalition jamaïcaine

Jacques Hillion / L’Europe a les yeux rivés sur Berlin. L’Allemagne traverse en effet une crise politique sans précédent depuis l’après-guerre. Après l’échec des négociations de coalition entre la CDU-CSU, le FDP et les Verts, la formation d’un nouveau gouvernement est aujourd’hui entre les mains du président Frank-Walter Steinmeier. Afin d’éviter une nouvelle consultation électorale, il cherche des partenaires pour former un gouvernement sous l’égide d’Angela Merkel, excluant de fait l’extrême droite et la gauche radicale avec lesquelles la chancelière sortante exclut tout dialogue. Sa rencontre, ce jeudi 23 novembre, avec Martin Schulz (SPD) est très attendue. Ce dernier, dont le parti s’est fait laminer aux dernières élections, refuse pour le moment toute alliance avec la chef de file des conservateurs.

Du côté de la Commission européenne, on ne veut rien changer au calendrier, notamment au regard des projets de réforme de la zone euro. Cependant, l’évolution de la situation allemande suscite des interrogations sur le devenir d’une Union européenne en crise ou même sur les négociations du Brexit. On imagine mal que la première puissance économique européenne ne puisse pas se faire entendre sur ces questions.

Malgré toute la sérénité qu’elle peut afficher, Angela Merkel a perdu de son aura. L’échec de la coalition «Jamaïque» est le sien, mais aussi celui de l’Europe et d’une certaine idée que nombre d’Européens se font toujours de l’Union.

Les négociations ont achoppé principalement sur deux points: l’énergie et l’immigration. Deux points à propos desquels la chancelière sortante avait fait entendre une voix forte, sans concession et, d’une certaine manière, inattendue venant du camp conservateur: la sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima et l’immigration. Deux points sur lesquels ses partenaires potentiels restent divisés. Au point que le chef du FDP a préféré rompre les négociations sur cette question précise de l’immigration, qui avait déjà empoisonné toute la campagne électorale.

L’ouverture des frontières à un million de réfugiés a fragilisé Angela Merkel. Non seulement elle a permis l’émergence du parti d’extrême droite AfD, mais elle a aussi fragilisé les rangs conservateurs. Ce qui explique son (relatif) échec aux élections et, en bonne partie, la situation actuelle.

De la présence d’un Front national au second tour de la présidentielle en France à la présence de l’extrême droite (FPÖ) au gouvernement autrichien en passant par l’actuelle crise politique en Allemagne, c’est bel et bien un raidissement identitaire qui parcourt l’Europe. En ce sens, l’échec de Merkel est aussi un échec européen.