Le naturisme, de l’esprit de famille au droit de l’Homme

Les naturistes européens, organisés en fédérations, ont tenu leur réunion annuelle au Luxembourg. Ils ôtent le voile sur la pratique.

«Essayez! Mettez vos vêtements de côté et vous verrez qu’il ne restera de vous que l’être humain simple, amical et bon.» L’Autrichienne Sieglinde Ivo est la présidente de la Fédération naturiste internationale, l’organisation qui chapeaute les fédérations nationales.

Une des raisons pour lesquelles les naturistes s’organisent en fédérations est la mauvaise compréhension du public de ce que recouvre réellement la pratique. «Si dans mon pays, l’Autriche, où il n’y a pas de loi contre le nudisme en public, le naturisme est une pratique somme toute banale – la ville de Vienne a encore tout récemment rendu disponible à la pratique une dizaine de kilomètres d’une rive du Danube –, dans d’autres pays, comme ici au Luxembourg ou en Irlande, c’est interdit, il faut se cacher, il faut des sites fermés. Dans ces pays, les fédérations sont absolument indispensables.»

Jean Peters, le président de la fédération luxembourgeoise, souligne une – regrettable – spécificité grand-ducale: «Nous sommes le seul pays en Europe où les asbl sont tenues de rendre publique la liste de leurs membres, en la déposant auprès de la Chambre de commerce. N’importe qui peut voir si vous êtes membre d’une association. Cela frappe particulièrement les clubs de naturisme, parce que dans ce petit pays où tout le monde connaît tout le monde et où le nudisme se pratique en sites fermés, cela décourage les adeptes de s’affilier. J’ai personnellement pris contact avec la Commission nationale pour la protection des données afin que cette disposition soit abolie.»

Au Royaume-Uni, alors qu’il n’existe aucune loi interdisant la nudité en public, «de nombreux groupes de gens influencés par des préjugés – donc très mal informés et qui ne comprennent pas – tentent de l’interdire de fait». Nicolas Caunt est le président de British Naturism. «Parmi ces groupes, la police n’est pas des moindres.»

Totalement bénéfique

Et de citer le cas de Steven Gough qui, parce qu’il refuse toute tenue vestimentaire en invoquant ses libertés fondamentales, fait régulièrement de la prison depuis une dizaine d’années.

«Comme ils ne pouvaient pas l’enfermer pour trouble à l’ordre public, les autorités ont réussi à l’arrêter pour « conduite antisociale », un délit destiné à sanctionner les délinquants les plus violents ou les terroristes.» Et de préciser que, si la majorité des membres de sa fédération estiment que ce n’est pas la meilleure façon pour promouvoir la pratique, British Naturalism soutient les valeurs de cet homme.

«Le nudisme, dit-il, n’est en aucune manière nuisible à l’individu ou à quiconque en est témoin. C’est une chose totalement bénéfique. Mais il ne s’agit pas seulement de nudité. Le naturisme est aussi une activité à dimension sociale. Il règne dans les communautés naturistes, un esprit d’amitié, d’honnêteté, d’intégrité, et d’ouverture, et même de famille. Par exemple, si vous allez dans un camping naturiste, où que ce soit dans le monde, vous ne craindrez pas qu’on vous vole votre vélo à 500 euros. Je crois que le côté « nudité » fait que chacun, en enlevant se vêtements, se débarrasse de ses bagages sociaux. Vous ne devez plus chercher le statut social de votre interlocuteur puisque ce dernier en est débarrassé des signes extérieurs. C’est un aspect très reposant, antistress même, du naturisme.»

Le président de la Fédération espagnole Ismael Rodrigo, voit dans le naturisme l’expression d’un droit de l’Homme et pour lui, Steven Gough «mérite le prix Nobel de la paix». Et à la question «qu’auriez-vous à dire à nos lecteurs concernant le naturisme?», il relance le défi: «Essayez! Si vous pensez que votre maillot de bain est indispensable, c’est que vous y êtes trop habitués. Mettre un maillot pour aller nager est même mauvais. Mauvais pour le corps, mauvais pour l’esprit. Et c’est mauvais pour la société. Alors, si effectivement des vêtements peuvent être nécessaires, lorsqu’ils ne le sont pas, ne les mettez tout simplement pas.»
david broman- dbroman@le-jeudi.lu

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