Le marché de l’art retrouve son souffle à Art Basel

“Ear Sofa ; Noses Sconces with Flowers (in Stage Setting)" by US conceptual artist John Baldessari is pictured at Unlimited show during the preview day of Art Basel,

L’art contemporain retrouve son souffle à Art Basel, une grande foire internationale qui permet de prendre le pouls du marché, à l’issue de deux années de net ralentissement dans ce secteur qui avait vu l’argent affluer massivement après la crise financière survenue il y a dix ans.

Pour cette 48e édition, la foire d’art contemporain (annuelle) de Bâle, en Suisse, qui ouvrira ses portes au public jeudi après trois journées réservées aux riches collectionneurs, accueille pas moins de 291 galeries représentant plus de 4.000 artistes. « L’ambiance est très, très solide. Il y a de grands collectionneurs ici.

De grandes oeuvres d’art. Il y a une véritable énergie », a déclaré mardi dans un entretien avec l’AFP Marc Spiegeler, le directeur de la foire, où les marchands d’art accueillaient dans la matinée même leurs premiers clients. « Je pense que les choses sont plus dures pour les galeries au quotidien », a-t-il toutefois reconnu. « Le marché de l’art n’est pas isolé de l’économie dans son ensemble », a-t-il concédé, tout en insistant sur le fait que les pièces de grande qualité continuaient à trouver preneur.

« Ce type d’oeuvres a très bien démarré et la semaine devrait être très bonne », a espéré M. Spiegeler. En 2016, le marché de l’art pesait quelque 56,6 milliards de dollars (50,5 milliards d’euros), soit une baisse de 11% par rapport à l’année précédente, elle-même déjà en repli, selon une étude réalisée par les organisateurs de la foire avec la banque suisse UBS. Malgré un trou d’air au lendemain de la crise financière de 2007-2009, les investissements dans l’art avaient connu une forte expansion, les riches collectionneurs ayant été en quête de solutions de remplacement pour placer leur argent.

Le marché de l’art avait connu un sommet en 2014, atteignant 68,2 milliards, avant que les incertitudes économiques et géopolitiques ne viennent freiner l’enthousiasme des intervenants.

– Une ambiance plutôt « positive » –

Mardi, de nombreuses galeries se montraient cependant plutôt satisfaites de leurs premières ventes. « L’intérêt a été dans l’ensemble plutôt à la hauteur dans la semaine qui a précédé notre arrivée ici », a expliqué Andreas Leventis, directeur associé de la galerie londonienne Lisson, qui présentait entre autres une installation de l’artiste américaine Susan Hiller. Marc Glimcher, le président de la galerie new-yorkaise Pace, qui avait apporté avec lui un rare exemplaire d’une série des piscines de David Hockney, jugeait pour sa part l’ambiance plutôt « positive », confiant qu’il avait déjà vendu beaucoup de pièces exposées sur le stand.

Mardi, 116 jets-privés étaient attendus à l’aéroport de Mulhouse-Bâle, soit 18 de plus que l’an passé pour cette journée qui marque véritablement le coup d’envoi de la foire, de nombreux collectionneurs profitant de cette escale pour mettre ensuite le cap sur la Biennale de Venise ou la Documenta de Cassel. Tous les marchands d’art ne voient pas forcément d’un mauvais oeil cette accalmie, après des années d’euphorie, à l’instar de Mathias Rastorfer, le directeur de la galerie Gmurzynska, qui présentait notamment des pièces de l’artiste français Fernand Léger. « Lorsque tout monte, on n’a pas besoin de beaucoup d’expertise. Tout monte », a-t-il souligné, notant que cette correction amène désormais les collectionneurs à se montrer plus « sélectifs ». Le recul du marché de l’art l’an passé n’a pas été homogène. Si le produit des ventes dans les salles d’enchères a reculé de 26% à 22,1 milliards de dollars, les ventes dans les foires ont au contraire augmenté de 5% pour atteindre 13,3 milliards.

Les ventes en ligne, un segment encore balbutiant, se sont quant à elles accrues de 4%, pour atteindre 4,9 milliards de dollars, principalement sous l’impulsion des enchères sur la toile. « Instagram est en train de devenir un outil important », s’est pour sa part enthousiasmé Brett Gorvy, qui a récemment vendu par ce biais une toile de Jean-Michel Basquiat 24 millions de dollars. Si de nombreux collectionneurs veulent toujours faire le déplacement dans les foires pour découvrir la pièce de leur choix, les achats sur les réseaux sociaux sont appelés à se multiplier, selon cet ancien directeur du département d’art contemporain de Christie’s, qui s’est récemment associé à la galeriste suisse Dominique Levy pour créer sa propre officine. « Que vous soyez à Hong Kong ou en Amérique, lorsque vous voulez acheter quelque chose, cela vous donne instantanément un avantage », a-t-il fait valoir.