Le Freeport Luxembourg cherche un repreneur. Selon nos confrères de la radio 100.7, les recherches sont même en cours depuis plusieurs mois.
Mercredi 17 septembre 2014, les installations avaient pourtant été inaugurées en grande pompe, par le Tout-Luxembourg, Grand-Duc en tête. La zone franche (un investissement de plus de 50 millions d’euros) présente, aux portes du Cargocenter de Luxair, 22.000 m2, sur quatre étages pour accueillir œuvres d’art, des bijoux, des pierres précieuses dont quatre caves à vin susceptibles de conserver un million de bouteilles. Les archives et œuvres digitalisées y trouvent aussi leur place.
Le principe est d’entreposer les œuvres en faisant l’impasse sur une imposition immédiate, ce que le responsable maison appelle «une suspension des droits», non une exonération, respectueuse de la législation européenne. Les responsables, ce sont les deux actionnaires majoritaires, des marchands d’art : le Suisse, Yves Bouvier, et le Français Olivier Thomas.
C’est là que le bât blesse. Car depuis le 23 mars 2015 le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour « vol », « recel de vol » et « escroquerie » après le dépôt d’une plainte de la belle-fille de Picasso faisant état de la disparition de tableaux du maître qui lui appartiennent. Olivier Thomas avait été interpellé dès le mois de mai et mis en garde à vue. Depuis la semaine passée, il comparaît comme « témoin assisté » dans cette affaire. Son associé Yves Bouvier a lui aussi été interpellé mi-septembre dans le cadre de la même plainte.
En cause est la vente au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev – président de l’AS Monaco – d’huiles de la collection Catherine Hutin-Blay, la fille de la deuxième épouse du peintre, à l’insu de la propriétaire. Les œuvres seraient passées par les mains d’un restaurateur brésilien, puis auraient transité par une société suisse de Bouvier avant d’être proposées à la vente.
Yves Bouvier est aussi poursuivi par la justice monégasque, qui a validé hier 12 novembre 2015 son inculpation pour des faits d’escroquerie, de blanchiment et de complicité de blanchiment. Dmitri Rybolovlev lui reproche d’avoir réalisé des plus-values exorbitantes sur les tableaux qu’il vendait, après les avoir acquis via des sociétés offshore domiciliées dans les Iles vierges britanniques et détenues par un trust chypriote au nom de ses deux filles.
C’est pour cette affaire à Monaco qu’Yves Bouvier avait dû céder en avril la présidence du Freeport Luxembourg à son associé Olivier Thomas… entretemps mis en cause par la justice française.
La situation à la tête du Freeport est difficilement tenable. Le bâtiment du Freeport se trouve sur le terrain de Luxairport et appartient donc indirectement à l’Etat notent les journalistes de 100.7. Le ministère des Finances a réagi en précisant que le candidat à la reprise devra remplir les conditions pour poursuivre l’activité actuelle, telle qu’elle est précisée dans le bail.
L’initiative du « port franc » vient du gouvernement Juncker-Asselborn, qui l’a inscrit au programme de coalition dès juillet 2009, « dans le contexte des mesures nécessaires au développement du pays en tant que place logistique ». La décision formelle a été prise par le conseil de gouvernement en novembre 2011 et le premier coup de pelle a été donné un an plus tard. Aujourd’hui, au bout d’une année d’exploitation, le Freeport cherche un nouveau souffle.
LH
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