Cannes: un Suédois rafle la Palme d’or à la surprise générale

Enorme surprise à Cannes: la Palme d’or a été attribuée dimanche au film suédois « The Square« , réalisé par Ruben Ostlund, une comédie féroce qui tourne en dérision le monde de l’art et de la bonne société.

Ostlund apporte à la Suède sa troisième Palme, après les deux récompenses glanées par Bille August, pour « Pelle le conquérant » en 1988 et « Les meilleures intentions » en 1992.

Dans « The Square« , l’acteur danois Claes Bang incarne un conservateur d’un musée d’art contemporain, qui prépare une exposition sur la tolérance et la solidarité. Son univers bascule soudainement avec le vol de son portable et de son portefeuille alors qu’il porte secours à une femme. Un subterfuge des voleurs. « C’est un film formidable et une équipe formidable », s’est exclamé sur la scène du Palais des festivals Ruben Ostlund, qui a reçu son prix des mains du président du jury Pedro Almodovar et de Juliette Binoche. Son film avait été ajouté à la dernière minute à la compétition. Dans son film, un des rares à avoir fait rire aux éclats les spectateurs, notamment avec une scène de préservatif, Ruben Ostlund a voulu dénoncer par le sarcasme les petites et grandes lâchetés des nantis cultivés face aux migrants, réfugiés et SDF. Alors que « 120 battements par minute » du Français Robin Campillo et « Faute d’amour » du Russe Andreî Zviaguintsev faisaient figure de favoris, « The Square » s’est démarqué dans une sélection où la noirceur a prédominé.

– Grand prix pour ‘120 battements par minute’ –

Robin Campillo a tout de même récolté le Grand Prix pour son film coup de poing sur les combats de l’association Act Up dans les années Sida. Dans ce film, il restitue les opérations spectaculaires d’Act Up, des jets de poches de faux sang aux débats pour décider des actions à mener… Mais il montre aussi le sexe, l’amour, les gay prides et les soirées exutoires au son de la house musique, qui donne son titre au film. Autre surprise: alors que son film avait été accueilli tièdement, la réalisatrice américaine Sofia Coppola a remporté le Prix de la mise en scène pour « Les Proies », son remake du film éponyme de Don Siegel (1971), qui raconte l’irruption d’un soldat blessé (Colin Farrell) dans un pensionnat de jeunes filles dirigé par Nicole Kidman dans l’Amérique de la guerre de Sécession. Reine de Cannes cette année avec deux films en compétition, Nicole Kidman a reçu un Prix spécial pour la 70e édition du Festival. « Faute d’amour » d’Andreï Zviaguintsev a obtenu le Prix du Jury, pour son histoire sur la disparition d’un enfant qui ne supporte plus les disputes de ses parents qui se battent pour ne pas le garder. Dans ce film âpre, le cinéaste, déjà récompensé du Prix du jury en 2011 pour « Elena » et du scénario en 2014 pour « Léviathan », dépeint une société russe individualiste et déshumanisée. Auteur d’une performance époustouflante dans « You Were Never Really Here » de Lynne Ramsay, l’acteur Américain Joaquin Phoenix décroche le Prix d’inteprétation masculine. A 42 ans, il est consacré pour sa partition tout en intensité dans le rôle d’un vétéran de l’Irak, traumatisé, mutique et ultra-violent, qui doit exfiltrer une adolescente d’un réseau de prostitution. « C’est un prix tout à fait inattendu. J’ai renvoyé mes souliers vernis », a déclaré un Joaquin Phoenix visiblement surpris, chaussé de baskets en toile sur la scène. « Je reste sans voix. »

– Neflix bredouille –

L’Allemande Diane Kruger a remporté le Prix d’inteprétation féminine pour sa performance dans « In The Fade » du Germano-Turc Fatih Akin. Elle y incarne Katja, une femme allemande qui décide de se venger de terroristes néo-nazis qui ont tué dans un attentat son mari, un ancien trafiquant de drogue d’origine turque, et son fils de six ans. Lynne Ramsay, réalisatrice britannique de « You were never really here », a elle partagé le Prix du scénario avec le Grec Yorgos Lanthimos (« La mise à mort du cerf sacré »). Dans son thriller horrifique, le réalisateur grec met en scène Steven (Colin Farrell), un brillant chirurgien qui prend sous son aile un adolescent perturbé, dont le père est mort des années plus tôt sur sa table d’opération. A noter parmi les grands perdants Netflix, pour la première fois en lice pour la Palme avec deux films, et dont la présence avait créé la polémique.

Palmarès du 70e Festival de Cannes

 

Le palmarès du 70e Festival de Cannes, qui s’est clôturé dimanche soir:

– Palme d’or: « The Square » du Suédois Ruben Östlund

– Grand Prix: « 120 Battements par minute » du Français Robin Campillo

– Prix de la mise en scène: « Les Proies » de l’Américaine Sofia Coppola

– Prix du scénario ex-aequo: « Mise à mort du cerf sacré » du Grec Yorgos Lanthimos et « You were never really here » de la Britannique Lynne Ramsay

– Prix du jury: « Loveless » (« Faute d’Amour ») du Russe Andreï Zviaguintsev

– Prix d’interprétation féminine: l’Allemande Diane Kruger pour « In The Fade »

– Prix d’interprétation masculine: l’Américain Joaquin Phoenix pour « You Were Never Really Here »

– Camera d’or: « Jeune Femme » de la Française Léonor Serraille

– Palme d’or du court métrage: « Xiao Cheng Er Yue » (« Une nuit douce ») du Chinois Qiu Yang – Mention spéciale du court métrage: « Katto » (« Le plafond ») du Finlandais Teppo Airaksinen

– Prix spécial du « 70è anniversaire du Festival de Cannes »: Nicole Kidman

 

Les Palmes d’or depuis la création du Festival de Cannes

Les Palmes d’or – et autres récompenses suprêmes – décernées à Cannes depuis la création du festival en 1946: – 1946: tous les films sélectionnés repartent avec un prix. – 1947: six films sont récompensés en fonction de leur genre: dessin animé, comédie musicale, documentaire… – 1948: pas de festival – 1949, un Grand prix pour le meilleur film –

– 1949: « The third man » (« Le troisième homme ») de Carol Reed – 1950: pas de festival – 1951: « Fröken Julie » (« Mademoiselle Julie ») d’Alf Sjöberg et « Miracolo a Milano » (« Miracle à Milan ») de Vittorio de Sica – 1952: « The tragedy of Othello: the moor of Venice » (« Othello ») d’Orson Welles et « Due soldi di speranza » (« Deux sous d’espoir ») de Renato Castellani – 1953: « Le salaire de la peur » d’Henri-Georges Clouzot – 1954: « Jigoku-Mon » (« La porte de l’enfer ») de Teinosuke Kinugaza – 1955, première Palme d’or –

– 1955: « Marty » de Delbert Mann – 1956: « Le monde du silence » de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle – 1957: « Friendly Persuasion » (« La loi du seigneur ») de William Wyler – 1958: « Letjat Zuravli » (« Quand passent les cigognes ») de Mikhaïl Kalatozov – 1959: « Orfeu Negro » de Marcel Camus – 1960: « La Dolce Vita » de Federico Fellini – 1961: « Viridiana » de Luis Bunuel et « Une aussi longue absence » d’Henri Colpi – 1962: « O pagador de promessas » (« La parole donnée ») d’Anselmo Duarte – 1963: « Il Gattopardo » (« Le Guépard ») de Luchino Visconti – 1964-1974, retour au Grand prix international –

– 1964: « Les parapluies de Cherbourg » de Jacques Demy – 1965: « The knack and how to get it » (« Le knack… et comment l’avoir ») de Richard Lester – 1966: « Un homme et une femme » de Claude Lelouch et « Signore e Signori » (« Ces messieurs-dames ») de Pietro Germi – 1967: « Blow Up » de Michelangelo Antonioni – 1968: le festival est interrompu, pas de palmarès – 1969: « If » de Lindsay Anderson – 1970: « M.A.S.H. » de Robert Altman – 1971: « The go-between » (« Le messager ») de Joseph Losey – 1972: « La classe operaia va in paradiso » (« La classe ouvrière va au paradis ») d’Elio Petri et « Il caso Mattei » (« L’affaire Mattei ») de Francesco Rosi – 1973: « Scarecrow » (« L’épouvantail ») de Jerry Schatzberg et « The hireling » (« La méprise ») d’Alan Bridges – 1974: « The conversation » (« Conversation secrète ») de Francis Ford Coppola – 1975

la Palme d’or revient –

– 1975: « Chronique des années de braise » de Mohammed Lakhdar-Hamina – 1976: « Taxi Driver » de Martin Scorsese – 1977: « Padre Padrone » de Vittorio et Paolo Taviani – 1978: « L’arbero degli zoccoli » (« L’arbre aux sabots ») d’Ermanno Olmi – 1979: « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola et « Die Blechtrommel » (« Le tambour ») de Volker Schlöndorff – 1980: « All that jazz » (« Que le spectacle commence ») de Bob Fosse et « Kagemusha » d’Akira Kurosawa – 1981: « Czlowiek Z Zelaza » (« L’homme de fer ») d’Andrzej Wajda – 1982: « Missing » de Costa-Gavras et « Yol » de Yilmaz Guney – 1983: « Narayama-Bushi-ko » (La ballade de Narayama ») de Shohei Imamura – 1984: « Paris Texas » de Wim Wenders – 1985: « Otac na sluzbenom putu » (« Papa est en voyage d’affaires ») d’Emir Kusturica – 1986: « Mission » de Roland Joffé – 1987: « Sous le soleil de Satan » de Maurice Pialat – 1988: « Pelle Erobreren » (« Pelle le conquérant ») de Bille August – 1989: « Sex, lies and videotape » (« Sexe, mensonges et vidéo ») de Steven Soderbergh – 1990: « Wild at heart » (« Sailor et Lula ») de David Lynch – 1991: « Barton Fink » d’Ethan et Joel Coen – 1992: « Den goda viljan » (« Les meilleures intentions ») de Bille August – 1993: « Bawang bieji » (« Adieu ma concubine ») de Chen Kaige et « The piano » (« La leçon de piano ») de Jane Campion – 1994: « Pulp Fiction » de Quentin Tarantino – 1995: « Underground » d’Emir Kusturica – 1996: « Secrets and lies » (« Secrets et mensonges ») de Mike Leigh – 1997: « Unagi » (« L’anguille ») de Shohei Imamura et « Ta’m e guilass » (« Le goût de la cerise ») d’Abbas Kiarostami – 1998: « Mia eoniotita ke mia mera » (« L’éternité et un jour ») de Theo Angelopoulos – 1999: « Rosetta » de Jean-Pierre et Luc Dardenne – 2000: « Dancer in the dark » de Lars Von Trier – 2001: « La stanza del figlio » (« La chambre du fils ») de Nanni Moretti – 2002: « The pianist » (« Le pianiste ») de Roman Polanski – 2003: « Elephant » de Gus Van Sant – 2004: « Farenheit 9/11 » de Michael Moore – 2005: « L’enfant » de Jean-Pierre et Luc Dardenne – 2006: « The wind that shakes the Barley » (« Le vent se lève ») de Ken Loach – 2007: « 4 luni, 3 saptamani si 2 zile » (4 mois, 3 semaines et 2 jours ») de Cristian Mungiu – 2008: « Entre les murs » de Laurent Cantet – 2009: « Das weisse Band » (« Le ruban blanc ») de Michael Haneke – 2010: « Lung Boonmee raluek chat » (« Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures ») d’Apichatpong Weerasethakul – 2011: « The tree of life » de Terrence Malick – 2012: « Amour » de Michael Haneke – 2013: « La vie d’Adèle – Chapitre 1 & 2 » d’Abdellatif Kechiche. Pour la première fois, la Palme est attribuée aussi aux actrices principales, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. – 2014: « Winter sleep » de Nuri Bilge Ceylan – 2015: « Dheepan » de Jacques Audiard – 2016: « I, Daniel Blake » (« Moi, Daniel Blake) de Ken Loach – 2017: « The Square » de Ruben Östlund