Michel Petit /«Il est terrible le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain. Il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim. Elle est terrible aussi la tête de l’homme qui a faim.»
Et celles, comme aurait pu dire Prévert, de l’homme, de la femme et de l’enfant, qui ont peur. Peur de vivre et de ne plus vivre. De ne plus vivre dans toutes ces libertés, humaines, fondamentales, qu’ensemble ils ont forgées au fil des dernières décennies.
Que de combats gagnés depuis la fin de la Seconde Guerre: droit à la parole, droit des femmes, droits sur leur corps, droits de l’Homme, d’association, d’accueil, grande gueule, caricature, paisibles terrasses, concerts, mariage sous toutes ses formes, adoption, droit à la mort comme on l’entend. Droit de ne pas mourir guillotiné… Droit de ne pas croire sans avoir à le dire. Droit de ne pas donner la fessée. De dire Cambronne, mais poliment, à la garde.
Ce n’est pas du Prévert… Mais il est terrible le bruit du doigt dans l’engrenage. Cette mécanique effroyable qui aspire et détruit les libertés.
Aujourd’hui, le monde politique, sans doute plus que le commun des administrés, a peur. Ou il le feint. Ou il répond, on sait pourquoi, aux aspirations primaires d’un temps qu’on croyait révolu.
Et pour se satisfaire, pour apaiser les esprits en ces moments hautement tumultueux, il invente lois et comportements, parce que dans l’air du temps et tout autant hors du temps, celui qu’on avait cru fuir depuis, depuis…
La Belgique, avec l’extrême droite au pouvoir, a lancé, pourtant pays de dérision, ses chars dans les rues de la capitale européenne. Ce que n’a pas contesté l’Europe. La Pologne coupe la parole à la presse. Là, l’Europe dit vouloir se rebiffer. C’est déjà ça.
La France socialiste invente le Français apatride, comme si le terroriste fondamentaliste français était friand de la nationalité française alors que la patrie convoitée est celle où l’attendraient tant et tant de pucelles.
Toute une litanie. Toute une régression. Pour faire plaisir, rassurer ceux qui, sciemment, évitent de réfléchir.
Toute une acceptation de la perte de libertés conquises et qui fichent le camp, plus fort qu’au compte-gouttes. Ceci, avec la bénédiction du plus grand nombre.
«Il est terrible le petit bruit» du doigt que l’on met dans un engrenage qui broie les libertés.
Terrible, car après le doigt…




