Le danger des sous-bois

490_0008_11426644_tiquesUn diagnostic rapide est indispensable.

Avec plus de 800 symptômes répertoriés, la borréliose de Lyme est souvent un casse-tête pour les médecins.

La borréliose de Lyme, transmise par les morsures de tique, n’est pas une inconnue au Luxembourg. Si le ministère de la Santé ne dénombre que 30 occurrences depuis 2004, c’est parce qu’un grand nombre de cas ne sont pas déclarés. D’après les statistiques de l’Institut d’immunologie du Centre de recherche public (CRP)-Santé, 8% de la population luxembourgeoise ont déjà été en contact avec des borrélies (les bactéries provoquant la maladie). Il existe une antibiothérapie efficace si le diagnostic est établi pendant les premiers stades de la maladie. Le hic: «La maladie, dans ses formes chroniques, présente beaucoup de symptômes différents, ce qui ne facilite pas le diagnostic», explique le professeur Claude T. Muller, du CRP-Santé.

Sofia Araujo, fondatrice de l’Association luxembourgeoise borréliose de Lyme, a été mordue par une tique en 2009. Un médecin urgentiste s’est voulu rassurant en lui expliquant que la maladie de Lyme n’existait pas au Grand-Duché. Quelques semaines après la morsure, les premiers symptômes apparaissent: douleurs articulaires, fatigue, maux de tête, pertes de conscience. Suivent alors des consultations chez différents médecins, qui établissent différents diagnostics..En 2010, la maladie est diagnostiquée. Mais elle est déjà entrée dans son stade chronique: «Une fois que la maladie entre dans ce stade, explique le Dr Pierre Weicherding, médecin-inspecteur chef de l’Inspection sanitaire au ministère de la Santé, les antibiotiques ne sont plus que très rarement efficaces.» C’est l’expérience qu’a faite Sofia Araujo. La fatigue chronique, les migraines, les troubles de l’audition et de la vision font désormais partie de son quotidien et affectent sa vie: «Il me faut au moins douze heures de sommeil par jour, je dois judicieusement répartir mon travail. Je dois aussi me coucher assez tôt, ce qui limite évidemment mes sorties.» Pour sensibiliser la population, mais aussi les médecins, et pour trouver des personnes qui sont dans le même cas qu’elle, Sofia Araujo a fondé, en juillet 2013, son association: «Il y a des gens qui sont atteints plus gravement que moi. Je n’ai pas connu les paralysies partielles du visage que peut provoquer la maladie, mais il est important de savoir qu’on peut tout à fait vivre avec la maladie de Lyme», affirme-t-elle.

[cleeng_content id= »623568758″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]Sensibilisation et prévention

Le cas de la jeune femme n’est toutefois pas la règle: «C’est une maladie qui n’est pas rare et les médecins la connaissent. Mais comme il est difficile de la diagnostiquer, la maladie devient chronique», précise le Pr Muller. Dans le but d’améliorer le diagnostic, le CRP-Santé a lancé une étude (www.borreliose.lu): «Nous cherchons des personnes nouvellement atteintes de la borréliose de Lyme et qui n’ont pas encore été soumises à une cure d’antibiotiques. Il s’agit de trouver des indicateurs plus fiables qui permettent d’établir la maladie le plus rapidement.» Car le traitement ne pose pas de problème. Si la maladie est détectée, une cure de doxycycline (un antibiotique) de trois à quatre semaines suffira pour guérir la personne concernée. Les mesures préventives et la sensibilisation de la population restent cependant les outils les plus efficaces pour lutter contre les morsures de tiques et l’infection par les borrélies. Eviter les herbes hautes et les sous-bois où les tiques attendent, dès le début du printemps jusqu’à la fin de l’été, leurs victimes. Mettre les pantalons dans les chaussettes et vérifier, une fois rentré de la balade champêtre, si malgré les précautions une tique ne s’est pas frayée un chemin à travers les vêtements. Il existe également des cartes géographiques – que l’on peut trouver sur internet – qui recensent les zones à risques (en rouge sur la photo)

Dans le cas d’une morsure, il ne faut pas paniquer. Si le dangereux arachnide est enlevé à temps (il ne sécrète les borrélies qui se trouvent dans ses intestins qu’après environ vingt-quatre heures), le risque de contracter la maladie de Lyme est infime. Il faut toutefois se servir d’une pince à tique pour saisir la bête le plus près possible de sa tête et la tirer doucement vers le haut. Une pression sur le corps de la tique peut provoquer l’injection des bactéries dans la blessure.

«En général, explique le Pr Muller, les gens sont conscients des dangers que représentent les tiques.» Mais elles peuvent réserver d’autres surprises. Non loin des frontières allemande et française, des cas de méningo-encéphalite à tiques ont déjà été découverts.

Cette maladie des méninges et du cerveau s’était cantonnée aux Alpes et à la Forêt-Noire, mais il semblerait que les tiques migrent: «On peut dire que les fleuves représentent des barrières naturelles», explique Pierre Weicherding. Mais il s’agirait là d’un obstacle que les tiques vont tôt ou tard franchir, affirme en substance le Pr Muller. Pour l’instant, le ministère conseille aux touristes qui se rendent dans les Alpes ou dans la Forêt-Noire de se vacciner contre cette maladie. «En Autriche, une grande partie de la population est déjà vaccinée contre la méningo-encéphalite à tiques», dit le professeur du CRP. Et d’ajouter que ce ne serait plus qu’une question de temps avant que la maladie n’atteigne le Luxembourg.

 

Maurice Magar – mmagar@le-jeudi.lu[/cleeng_content]

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