Le crépuscule de l’empire américain

Jean-Sébastien Zippert, coordinateur Etika – Initiativ fir Alternativ Finanzéierung asbl

La lassitude des créanciers de la dette américaine, le rebond du scandale des écoutes de la NSA, sans oublier le rapport accablant d’Amnesty International sur les assassinats à distance par drones interposés…

Ces faits illustrent crûment la faillite des Etats-Unis à perdurer comme une puissance de premier rang, et mettent en question notre responsabilité d’Européens à accepter de telles dérives.

490_0008_11407184_ETIKA_ITW_Jean_Sebastin_Zippert_3Les journaux ont insisté sur l’issue heureuse du shutdown américain le 17 octobre dernier en oubliant l’essentiel. Certes, les républicains ont accepté de relever le plafond de la dette américaine, mais la longueur des discussions et l’accord in fine ne doit pas faire oublier l’essentiel: d’abord que le problème de la dette américaine n’est en rien réglé définitivement – elle est simplement reportée au mois de janvier prochain – mais surtout que la crédibilité des Etats-Unis comme débiteur est durablement et irréversiblement ternie.

[cleeng_content id= »905911175″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]Pour ceci, il ne s’agit pas de se fier aux agences de notations largement sous la coupe des Etats-Unis mais plutôt de lire les déclarations de l’agence de presse Chine Nouvelle, qui appelle ni plus ni moins à «désaméricaniser le monde», monde «qui n’arrive toujours pas à se remettre du désastre causé par les barons de Wall Street».

Option militaire

Quand le premier créancier des Etats-Unis utilise de telles expressions, cela signifie bien qu’il y aura désormais un avant et un après 17 octobre 2013.

Une puissance économique de premier plan a bien sûr d’autres atouts que sa monnaie pour assoir sa domination: ce n’est d’ailleurs pas un hasard si parmi le classement Forbes des 100 plus grandes transnationales, les entreprises américaines sont les mieux représentées, en occupant un tiers des places. Mais cette domination prête à discussion lorsque l’on connaît l’étendue de l’espionnage pratiqué par la NSA au profit de l’industrie américaine. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Allemagne a réagi très vivement auprès des Etats-Unis, notamment à travers les représentants de son industrie qui ont bien compris le type de pillage dont ils sont victimes.

Car si la NSA n’a pas vraiment brillé par son efficacité dans la lutte antiterroriste, elle a par contre très bien rempli son rôle d’apporteur d’informations de premier plan, on peut d’ailleurs sérieusement s’interroger sur l’origine de la domination des industries de haute technologie américaines sur le reste du monde. Enfin, l’histoire a montré qu’une puissance en déclin assure sa domination sur la puissance militaire.

Là encore, la lutte contre le terrorisme a bon dos, puisqu’il s’agit de justifier des assassinats ciblés de prétendus terroristes au moyen de missiles lancés par des drones actifs en Afghanistan et au Pakistan.

Le rapport d’Amnesty sorti la semaine dernière a obtenu moins de couverture médiatique que le shutdown américain ou l’espionnage de la NSA, mais ce qu’il révèle est au moins aussi choquant: entre 2.000 et 4.700 victimes depuis 2004, parmi lesquelles des centaines de civils tués soit par dommage collatéral soit par erreur d’identification. Voilà qui relativise presque le nombre de personnes torturées et tuées à Guantanamo, qui reste toujours ouverte malgré les promesses du président Obama.

Une monnaie discréditée, une avance technologique très fortement soupçonnée de dépendre de l’espionnage industriel, une violation constante des droits humains élémentaires: voilà qui devrait faire réfléchir nos élus européens sur la fiabilité d’un tel partenaire, alors que les négociations du grand marché transatlantique (dit traité TTIP, voir chronique parue en juin dernier), se poursuivent dans la plus totale opacité.

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