Le chanteur automate…

Annie Gaspard /Eicher-le-magicien et ses drôles de machines à la Rockhal ce 6 février*

Entre expérimentation et poésie, le-Suisse-aux-1000-vies nous envole avec ses automates comme on lance des filets dorés à la mer. Pêche miraculeuse…

Le vent de Camargue (où il habite depuis sept ans) dans les voiles, le rocker-gitan-suisse qui aime déjeuner en paix s’envole – «Il me faut du vent pour créer» – dans un trip extraordinaire. Mais doit-on attendre autre chose d’un fou des sons qui sait que l’Eldorado n’existe pas mais qui le cherche encore? La preuve par son spectacle qu’il poursuit jusqu’au printemps, «Stephan Eicher und die Automaten», en lançant des étoiles dans les yeux des petits et grands enfants.

Une nouvelle et fascinante envolée dans une sorte de cabinet des curiosités où le Bernois s’harnache, seul, à sa fanfare automatique pour réinventer totalement son répertoire et ses titres les plus emblématiques et offrir de nouvelles chansons toujours écrites par ses amis et complices: le romancier français Philippe Djian et l’écrivain suisse Martin Suter. «Je voulais que le spectacle fonctionne comme un numéro de magie.» Et c’est… magique!

Robots

Le singulier horloger, qui invente à chaque fois son propre temps et aime mettre des grains de sable dans la mécanique, avait envie de nous mettre de la poudre aux yeux. Depuis plus de trente ans qu’il s’acoquine régulièrement à la musique synthétique initiée par Grauzone (le groupe tendance électro-industriel qu’il crée à 20 ans avec son frère Martin), le voici à nouveau confronté avec la machine.

Après une belle Envolée* (dernier album studio) née de sa colère d’une crise financière indécente et inhumaine où le clair-obscur s’entrelaçait à merveille au charme discret d’une musique plus acoustique, voici le chanteur-compositeur aux allures d’un d’Artagnan grisonnant à la tête d’un orchestre d’automates virtuoses dans une expérience scénique quasi mystique et jubilatoire.

Colombes

Entre xylophone, cloches, percussions, Glockenspiel, tuyaux d’orgue, impressionnante bobine électrique Tesla, piano droit et guitare, le «merveilleux fou s’envolant» pilote son char à rêves et à pédales s’activant poétiquement en arrière-plan par des systèmes électroniques et hydrauliques de pointe! L’artiste multilingue s’invente une nouvelle langue et nous emmène au pays des féeries délirantes rétro-futuristes de Stephan. Il nous en met plein les yeux et les oreilles.

On rit, on pleure, on s’émerveille, comme des enfants. Le magicien de Münchenbuchsee (là où il est né il y a cinquante-cinq ans, en Suisse alémanique) humanise la machine. Un tour de… farce!

Haute voltige. On y verrait presque des colombes s’envoler. Pourtant, derrière la légèreté et l’illusion de la facilité, Stephan-le-professeur-tourne-sons calcule sans cesse et marche sur un fil. Volubile, il aime d’ailleurs raconter: «Chanter normalement ne nécessite pas de penser, mais avec ce système une partie du cerveau est occupée à diriger ce que je fais avec les pieds, ce qui m’oblige à séparer la direction instrumentale et le chant.» Un challenge de plus pour ce Bernois de France surdoué qui ne veut pas que sa musique soit «streamée, compressée, numérisée, formatée».

Les colombes d’Eicher ne sont pas toutes blanches, elles font leur taxi-tour dans un Eldorado où tous les hommes seraient frères et où les chasseurs de sons attrapent au lasso. Que faut-il qu’on fasse/Faut-il qu’on casse/Pour être en face/D’Eldorado…

Réserv.: www.rockhal.lu

Stephan Eicher, «L’Envolée», Universal, 2012 – www.stephaneicher.com

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