Le blues des policiers

Pris en tenaille dans plusieurs réformes, les policiers menacent. Leur syndicat lance un ultimatum pour fin mai. Pas de grève, mais des actions possibles

La police telle qu’on la connaît est une adolescente. Elle est née le 1er janvier 2000, de la fusion du corps qui portait déjà ce nom et de la gendarmerie. La loi n’avait pas fait table rase du passé, et des anciens avantages ont naturellement continué à être octroyés; des compensations aussi à ceux qui n’en profitaient pas. Bref, on s’est assuré que la sauce prenne, sans faire le bilan diététique. «A l’époque, la gendarmerie était divisée en trois grandes régions. On en a pourtant créé six, pour respecter les équilibres. Ce n’était pas une bonne idée», évoque le vice-Premier-ministre Etienne Schneider, qui assure entre autres compétences la tutelle de l’institution.

La police dépend en fait de trois ministres: Schneider, mais aussi Kersch, chargé de la Fonction publique, et Braz, qui en tant que ministre de la Justice chapeaute la police judiciaire. L’équation n’est donc pas simple. Une des premières mesures du nouveau gouvernement a été de renouveler la direction de la police, propulsant au poste de directeur général Philippe Schrantz, un ancien de la maison, spécialiste en ressources humaines, chargé de restaurer ambiance et bonnes pratiques dans la maison. Pourtant, moins d’un an plus tard, la base gronde. «Jamais les ministres ne tiennent compte de notre avis». Et plus particulièrement du sentiment et de l’analyse du puissant Syndicat national de la police grand-ducale Luxembourg (SNPGL). Et le secrétaire général Christian Pierret d’ajouter: «Le gouvernement mène de front quatre réformes, de la fonction publique à la loi qui régit la police, en passant par le règlement sur la discipline interne. La réforme du statut des policiers risque de bouleverser le plan de carrière dans la mesure, notamment, où elle supprime des postes à responsabilités intermédiaires rémunérateurs.» Le syndicat calcule cela en points de carrière, soit, assure Christian Pierret, «15 points pensionnables. 200 policiers seront lésés. Et nous ne sommes pas du tout d’accord avec le futur plan de carrière, en carrière C». Le syndicat estime que chacun perdra quelque 270 euros bruts par mois.

Fin aussi du deal passé en son temps entre le gouvernement et la police qui indemnisait ses hommes de certains frais liés aux taxes et redevances concernant le logement. Ainsi ce qui touche aux immondices, au téléphone, à la distribution d’eau. «Cela, c’est tout neuf, regrette le SNPGL. Nous venons tous de recevoir un courrier qui annonce la fin de cet avantage pour le 31 mai.»

Moins de proximité

Reste le délicat problème du regroupement des commissariats dits de proximité et d’intervention. Cela implique la fermeture de bureaux en fonction des résultats d’un audit, réalisé par un cabinet indépendant, et dont on attend les résultats dans les semaines à venir.

«Nous attendons un plan, insiste Christian Pierret. L’audit porte sur le fonctionnement interne de la police. Nous voulons une réponse très rapidement. Ensuite, le ministre Schneider analysera les résultats, mais avec nous.»Cela dit sachant que les communes plaident pour le maintien des commissariats.

Le SNPGL conteste par ailleurs les avantages, financiers et autres, réservés aux seuls cadres supérieurs, quelque 70 personnes. Il épingle notamment les voitures de service. La fin de ces «extras» générerait une économie probable d’un million d’euros.

Le SNPGL soupçonne encore les cadres supérieurs d’abus de pouvoir possible, dit-il, avec l’actuel système disciplinaire auquel échappent les cadres. «Ils exercent entre eux un auto-contrôle car il n’existe aucune instance au-dessus de ces cadres. Nous avons effectivement constaté des abus lors de la gestion de dossiers disciplinaires».

Voilà qui mériterait un coup de torchon à la police. D’où l’ultimatum déposé: il faut au syndicat des réponses claires pour la fin du mois de mai. Sinon, quoi? La grève? Non, car cette action leur est interdite en vertu de la loi, à l’instar des militaires. Mais, parole de syndicaliste, il n’y a pas que cela dans les mouvements de contestation. Notamment au moment de la présidence luxembourgeoise.

Thierry Nelissen et Michel Petit