L’alibi de la science / De l’Ecole

Par hasard, j’ai récemment jeté un coup d’œil sur l’annuaire téléphonique, et plus particulièrement sur les pages consacrées au ministère de l’Education nationale. Cela a été la stupeur: quelque sept années après mon départ à la retraite, tout a été chamboulé et, surtout, le nombre des agents a été augmenté de manière spectaculaire. Pour le bien de l’école luxembourgeoise? C’est une tout autre question.

Avec la multiplication des services et structures, il est d’ores et déjà bien difficile de s’y retrouver. Cela ne signifie toutefois nullement que nous soyons au bout dans le labyrinthe des institutions. Au contraire, Claude Meisch se fait un plaisir d’inventer à tout bout de champ des nouveautés. Ainsi venons-nous tout juste d’être confrontés à trois entités inédites: un Observatoire national de la qualité scolaire, un Conseil national des programmes et un «Lëtzebuerger Bildungsdësch».

Tout cela, le ministre le place sous l’étiquette du «besoin d’objectivité, de sérénité et de continuité», expliquant sur le site men.public.lu: «Voilà pourquoi il (le débat autour de l’école) ne doit pas relever des seuls décideurs politiques, mais d’une démarche collective qui associe et responsabilise tous les acteurs intéressés. Un tel « Lëtzebuerger Bildungsdësch » permettrait de dépolitiser la discussion autour de l’éducation et d’assurer sa continuité au fil des mandats ministériels successifs.»

A quelques mois des élections législatives, il s’agit d’une tentative de redresser la barre. Même si, dans une interview, il se dit prêt à conserver les responsabilités de l’Education nationale dans un prochain gouvernement, Meisch n’ignore pas que les sondages lui promettent un avenir bien moins brillant, au point que son siège de député est loin d’être assuré. Alors, le fait de «dépolitiser la discussion autour de l’éducation» arriverait à point nommé pour lui qui voit chacune de ses initiatives au centre de la critique.

L’organe sur lequel il semble s’appuyer le plus, c’est bien l’Observatoire national de la qualité scolaire qui «analysera régulièrement la qualité scolaire, avec l’aide d’experts scientifiques, d’instituts de recherche et d’universités, et proposera des pistes pour l’améliorer. Indépendant et neutre dans son travail, il analysera également les études nationales et internationales en matière de qualité scolaire pour situer le Luxembourg par rapport au niveau international.»

C’est dans cette définition qu’apparaissent les fameux «experts scientifiques», en d’autres mots ceux qui sont chargés de jeter de la poudre aux yeux des électeurs. Bien souvent, quand nous entendons les mots «science» ou «scientifique», nous sommes enclins à nous attendre à une vérité absolue, comme en maths ou en physique. Or, comme dans d’autres domaines (par exemple l’économie), il y a aussi des pseudo-scientifiques dans l’éducation. A ce sujet, il n’y a pas une vérité unique, mais des milliers d’opinions, et les «experts scientifiques» ne font que véhiculer leur opinion, plus ou moins juste, mais certainement en rien «neutre» ni gage d’«objectivité».

Le choix des «experts» (réservé au ministre ou à ses conseillers) sera sans doute opéré dans une volonté de faire de la «science» un alibi pour les errements de la politique éducative actuelle.

André Wengler