L’affaire Walesa permet au pouvoir de relancer la thèse d’un complot en 1989

L’affaire des contacts présumés de Lech Walesa avec la police politique à l’époque communiste a permis aux conservateurs au pouvoir en Pologne de relancer leur thèse selon laquelle la chute du régime en 1989 n’était qu’une opération des services spéciaux.

Cette idée de complot fomenté avec les services soviétiques pour permettre aux élites ex-communistes de garder le pouvoir réel dans le pays, circule depuis longtemps dans les milieux nationalistes, proches du parti au pouvoir Droit et Justice (PIS). Elle est jugée absurde par nombre d’anciens opposants anticommunistes. Des documents retrouvés chez la veuve de l’ancien ministre de l’Intérieur communiste Czeslaw Kiszczak par l’Institut de la mémoire nationale (IPN) accusent Walesa d’avoir été agent de la SB (police politique) sous le pseudonyme « Bolek » entre 1970 et 1976. L’ancien président, chef historique du syndicat Solidarité qui avait déclenché la chute en 1989 du régime communiste en Pologne, et concouru à celle des autres régimes communistes d’Europe de l’Est puis de l’URSS, a fermement démenti, tout en reconnaissant d’avoir fait une « erreur » dont il n’a pas révélé la nature. « Je ne me suis pas laissé briser en décembre 1970, je n’ai pas collaboré avec la SB. Je n’ai jamais touché d’argent ni fait de rapports écrits ou oraux », a écrit le prix Nobel de la paix, âgé de 72 ans, sur son blog personnel. Une de ses filles, Anna Dominska, qui dirige son bureau, a vu dans l’affaire une « provocation préparée par l’IPN, la télévision publique et (le chef du PIS Jaroslaw) Kaczynski ». « Le PIS remet en question la grande victoire de Solidarité qui (…) a fait de nous un modèle de transformation pacifique pour les autres nations. On cherche à nous convaincre que c’était une fraude et que le chef de ce mouvement de dix millions de personnes était un agent secret de la SB », écrit-elle dans une déclaration reçue à l’AFP.

Elle annonce la création d’un comité citoyen, « une force politique, qui, avec le Comité de défense de la démocratie KOD et toute l’opposition sera un adversaire réel pour la paranoïa de Kaczynski ». Des conservateurs polonais s’en sont pris à Walesa, alors que la thèse d’un réseau d’influence occulte a été soutenue implicitement par le président Andrzej Duda. Le chef de la diplomatie Witold Waszczykowski est monté en première ligne. Déclarant que Walesa pouvait avoir été « une marionnette », il a estimé que « cette affaire peut montrer que le projet +Pologne libre+ était télécommandé » et que des décisions prises à l’époque auraient pu être « influencées ou inspirées par des services, extérieurs ou intérieurs ».

– ‘Enfer polonais’ –

La chaîne de télévision publique TVPInfo a accueilli jeudi des historiens ayant étudié les contacts de Walesa, alors ouvrier aux chantiers navals de Gdansk et leader syndical, avec les services spéciaux, qui se sont félicités de voir leurs thèses « confirmées ». Pendant l’émission, on voyait derrière eux défiler en boucle les images des entretiens entre Solidarité et le pouvoir communiste en 1989, Walesa saluant avec un large sourire le général Kiszczak. Evoquant son rôle historique indéniable, les partisans de l’ancien président ont été nombreux à prendre sa défense, tout en reconnaissant souvent qu’il avait pu céder, jeune ouvrier, à des pressions des services spéciaux. Il ne pouvait être question d’une « trahison » et ses anciens contacts avec la SB n’annulent en rien sa « période héroïque », a insisté l’ancien dissident Henryk Wujec.

Le chef du principal parti d’opposition, la Plateforme civique (PO, centriste), Grzegorz Schetyna, a parlé de « vengeance » et de « vrai enfer polonais ». L’ancien Premier ministre polonais Donald Tusk, aujourd’hui président du Conseil européen, a déploré à Bruxelles « une affaire réchauffée ». « C’est regrettable pour l’image de la Pologne », a-t-il dit. Celle-ci a souffert récemment en raison de réformes controversées lancées par Varsovie et touchant notamment le Tribunal constitutionnel et les médias publics. Dans le quotidien « Gazeta Wyborcza », le rédacteur en chef Jaroslaw Kurski retrace l’histoire de l’inimitié entre Jaroslaw Kaczynski et Lech Walesa, qui remonte à 1991, après une période de collaboration. « Réduire Lech Walesa, vainqueur du communisme, notre plus grand symbole historique contemporain, au niveau d’agent? (…) Que font-ils, les Polonais, de leur propre histoire ? », écrit Kurski.

afp

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