L’acier mue mais doute

Thierry Nelissen /Les nouveaux produits dopent ArcelorMittal, mais la conjoncture est délicate

Le sidérurgiste continue à investir au Luxembourg, mais craint la concurrence et les conséquences de la COP21.

Faire du neuf avec du vieux? Pas toujours une mauvaise idée. Ainsi, l’un des produits phares d’ArcelorMittal pour 2015 reste la poutrelle de Differdange, la plus grande au monde. L’an dernier, l’usine a battu son record de production depuis 2009, expédiant 706.000 tonnes de par le monde, dont 40% à l’extérieur de l’Europe. La poutre en acier d’aujourd’hui, pourtant, n’a plus grand-chose à voir avec celle d’hier. «Il faut 22% d’acier en moins par rapport à nos concurrents pour confectionner un produit de résistance comparable aux leurs. Et nous travaillons sur une norme encore plus performante», indique Alex Nick, responsable de la multinationale pour le Luxembourg, à l’heure des vœux annuels de la société, sur son site de Belval. Le sort de la poutrelle s’annonce délicat en 2016: concurrence et chute des prix devraient tasser le marché.

Dans la sidérurgie, où la concurrence est rude, avoir une longueur d’avance donne un avantage déterminant. D’où l’importance de la recherche, et de la validation des nouveaux produits. 75% des types d’acier utilisés aujourd’hui n’existaient pas il y a vingt ans. L’industrie millénaire est en fait en mue perpétuelle. Les trois secteurs porteurs pour l’acier restent la construction automobile – et les transports –, la construction et le conditionnement, de la cannette à la citerne. Les sites luxembourgeois du groupe ont clairement été positionnés dans une fabrication à haute valeur ajoutée.

Au Luxembourg, ArcelorMittal, qui fermera à Bettembourg cette année, continue à fonctionner principalement à Esch (Belval), Differdange, Dudelange, Rodange et Bissen. La société emploie au Grand-Duché 4.244 personnes – de 53 nationalités – sur onze sites. Elle a produit 2,2 millions de tonnes d’acier en 2014 comme en 2015, et engage chaque année une centaine de personnes, qui ne compensent pas les départs: l’entreprise, plus gros employeur luxembourgeois, en occupait encore 4.600 au 1er janvier 2014, et 5.960 deux ans plus tôt. Si le site de Belval a livré des chiffres «corrects» en 2015, les perspectives pour 2016 sont plutôt bonnes. L’usine produit des palplanches en acier, qui servent au soutènement de remblais (le long des autoroutes par exemple) ou des bords de pièces d’eau, canaux, sites de dragage. L’an dernier, l’entreprise a investi 49 millions, dont une grosse part pour améliorer, sur le site de Belval, le gabarit des palplanches qui y sont produites. Et comme le principal concurrent européen du site eschois arrête la production, les perspectives sont particulièrement bonnes pour les mois à venir. Le nouveau bijou du train de production numéro deux est une «dresseuse à galets» dernier cri, qui donne aux longues planches leur forme définitive.

La palplanche en acier, qui sait faire valoir ses qualités par rapport à ses concurrentes, en béton principalement, existe depuis 1911. Mais elle n’a pas arrêté d’évoluer, ce qui a permis à Belval de rester en pointe.

Des vignes au métro

Le site de Bissen, lui, se spécialise de plus en plus autour de brevets élaborés. 21.000 tonnes de fibres d’acier produites là ont contribué à renforcer le béton des tunnels du métro de Doha, au Qatar. Et le fil destiné aux vignobles «dure plus longtemps que les vignes», dixit Alex Nick.

En Europe, l’industrie sidérurgique souffre des prix de l’énergie et de la concurrence extérieure. Le ralentissement de grandes économies comme celle de la Chine induit une surcapacité importante. Le prix de la tonne a en conséquence chuté de 150 dollars en 2011 à 40 fin 2015. Et les Asiatiques essaient de prendre des parts sur les marchés européens. «Sans compter les conséquences de la COP21. Nous demandons que tous les producteurs soient soumis aux mêmes contraintes. Si on en reste au plan de la Commission européenne, le coût par tonne des mesures liées au CO2 va absorber notre marge bénéficiaire et tuer la sidérurgie», prophétise tristement Alex Nick.

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