La mer à boire Marie-Anne Lorgé

Entre les ballots et autres gros rouleaux de paille – de loin, impossible de distinguer le blé tendre (pour le pain), le blé dur (pour les pâtes) ou l’orge (pour la bière), de près, tout est question d’épis barbus ou non –, juillet allonge les ombres, les bras aussi, ceux-là qui frappent l’air afin de chasser les insectes, les guêpes qui bourdonnent au travers du silence. Dans le décor, sans jamais regarder en arrière, une frêle virgule blanche (ou bleue ou jaune) volette: c’est le papillon d’un été aussi poète que l’enfance, «ce billet doux plié qui cherche une adresse de fleur» (Jules Renard).

Sinon, il y a les mouches. Juillet en est friand, sur les desserts, dans le fond des

verres, tout autour de toutes les odeurs, à commencer par les urinoirs «parce que les mecs ne peuvent résister à l’envie de pisser dessus, et donc de pisser droit» – dixit Raphaël Enthoven qui, dans Little Brother, s’ingénie à

dynamiter nos aliénations, endormissements et habitudes moutonnières, «cette tendance qu’ont les gens à obéir si on ne leur donne pas d’ordre».

Quand juillet ne dort pas (c’est la saison des allergies politiques), il rêve à l’envers, la preuve avec l’opération «Plage urbaine» où, dans une sorte de slogan inversé de 68, les rues s’avèrent plus utiles recouvertes de sable que dépavées. Même pas la mer à boire!