La fin des certitudes

DANIELE FONCK /Plus d’un Français modéré et démocrate dans l’âme est déstabilisé. Et si, contrairement aux prévisions et aux expériences du passé, Mme Le Pen était élue à la présidence de la République?

Impossible, répondra-t-on spontanément. Une coalition se fera jour pour lui barrer la route. Rien n’est cependant moins sûr. Impossible n’est pas français et, bizarrement, il y a du changement dans l’air. Entre «America First» et «Made in France», il y a tant de similitudes dans les opinions publiques: le populisme, le nationalisme, le protectionnisme, ou encore l’hostilité face aux immigrés, aux musulmans, sans oublier la détestation de l’Europe, de l’Union des Vingt-Huit.

Comme les Américains, les Français sont convaincus d’être un pays à part, missionné pour un rôle planétaire. Trump et Le Pen confortent les leurs dans cet état d’esprit. Les deux profitent d’un environnement favorable. Trop de pauvreté, trop de bas salaires, trop de chômage, trop peu d’éducation et de culture générale, l’appauvrissement progressif des classes moyennes, la raréfaction croissante des emplois à vie, l’incertitude inhérente au monde numérique (tout le monde ne sera pas ingénieur digital ou patron d’une start-up florissante), tout cela crée du populisme envers et malgré soi. Du pain bénit pour Trump et consorts.

A la tête de l’UE, nul n’est plus, à ce stade, capable d’analyser froidement les erreurs commises et encore moins de présenter un «plan Marshall» pour sortir du désastre. Au niveau national chez les pays membres, ce n’est guère mieux.

Revenons à la France.

Mélenchon veut régler ses comptes personnels une bonne fois pour toutes. Donc casser le PS et, avec lui, quelques vieilles pies, comme Marie-Noëlle Lienemann, qui ont poussé quelques jeunes frondeurs à saboter le quinquennat de François Hollande. Les voilà avec Hamon, tiraillés entre la nécessité de préserver un parti de gouvernement et ses mandataires qui le somment d’être à gauche toute.

Bref, il ne dansera qu’un tour.

A droite, Fillon avait cru à sa revanche. Exit Sarkozy, le détesté; exit aussi Juppé, le meilleur élève de la classe chiraquienne.

Mais la vengeance est dangereuse quand elle humilie, blesse et M. Fillon aurait pu le savoir. Son affaire lui pendait au nez et il la traînera jusqu’au bout. Avec, comme triste dégât collatéral, une épouse effondrée, car probablement fort peu consciente du rôle que son moralisateur de mari lui a inventé.

Quel augure donc pour Le Pen! Elle, dont l’électorat applaudit quand elle «nique» le Parlement européen, ce «machin» détesté par des nationalistes purs et durs. Comportement qui, par ailleurs, n’intéresse guère son jeune électorat, qui va croissant.

Macron, unique recours?

Peut-être.

On lui reproche d’avoir travaillé à la banque Rothschild? Oui, et alors? Il faut bien commencer par travailler quelque part, comme jeune économiste. Rothschild pire qu’une autre banque? Ben voyons…

Ministre de Hollande? Ce n’est pas une tare. Il faudra bien un jour que les Français qui admirent tant l’ex-chancelier Gerhard Schröder se fassent à l’idée de la social-démocratie.

Reconstruire un vrai centre? Rien de honteux.

Son âge? Presque un sénior pour les vingt ans… Ironie de la vie.

Sa femme plus âgée? Coup de chapeau à elle, belle et cultivée, à même d’apporter un plus, par exemple l’amour du théâtre et celui des artistes.

42 pour Le Pen; 58 pour Macron, selon les plus récents sondages.

Et si cela était déjà trop juste à deux mois de l’élection?

Macron, Fillon, Le Pen: rien n’est joué d’avance. Car la société a changé, en France comme en Europe et aux Etats-Unis. Pas en bien.

Les responsables ont des visages, des noms. Il faut les chercher dans l’establishment politique et para-politique.

En d’autres termes, dans la sphère politico-économico-sociale. C’est-à-dire dans l’univers des certitudes toutes faites qui aura fini par façonner un nouveau type de citoyen.