La carte des bureaux fantômes des eurodéputés

Le MEPs Project, un consortium de journalistes répartis dans toute l’Europe, a publié le 2 juin le premier volet d’une enquête sur les dépenses des députés européens. Suite à cette publication, les journalistes proposent une carte qui permet aux citoyens de facilement trouver les informations liées à leurs représentants.

Par Delphine Reuter et les journalistes du MEPs Project

Cette visualisation* est le résultat de la mise en commun des recherches effectuées par les journalistes du MEPs Project dans chaque Etat-membre. Elle permet d’avoir accès à plus d’informations quant aux bureaux locaux des députés européens. Il est possible de chercher par nom, nationalité, groupe politique au Parlement, et parti politique national.

Chaque député reçoit du Parlement européen une indemnité de frais généraux s’élevant à 4342€ par mois pour notamment financer un bureau dans son pays d’origine. Le MEPs Project a révélé qu’un MEP sur trois n’a pas de bureau dans sa circonscription électorale ou refuse d’en donner l’adresse.

La visualisation ci-dessus permet également de voir comment chaque eurodéputé a voté le 27 avril en session plénière, lorsque le groupe des Verts (Greens/EFA) et le groupe de la gauche (GUE/NGL) proposèrent des amendements afin que l’utilisation de l’indemnité de frais généraux devienne plus transparente.**

Parmi ces propositions: que les eurodéputés aient l’obligation de recevoir cette indemnité sur un compte bancaire séparé du leur; qu’ils gardent les justificatifs liés à l’utilisation de cette indemnité; qu’ils remboursent les montants non utilisés au Parlement européen; que 5% de ces dépenses soient vérifiées par un audit interne, et que les résultats en soient publiés; et que chaque eurodéputé publie annuellement un rapport reprenant une liste des dépenses effectuées grâce à cette indemnité.

A Luxembourg, seul Claude Turmes (déi gréng/Greens-EFA) a voté pour les six amendements. Mady Delvaux (LSAP/S&D) a voté pour «définir et publier des règles concernant l’utilisation de l’indemnité des frais généraux» et contre le reste. Charles Goerens (DP/ALDE) a voté pour la mise en place d’un compte bancaire séparé mais contre les cinq autres propositions. Frank Engel et Georges Bach, tous deux CSV/PPE, ont voté contre l’ensemble des propositions. Viviane Reding n’a pas voté.

Au final, aucune de ces propositions ne fut retenue.

Pourtant, trois semaines plus tôt, le 5 avril, les eurodéputés avaient voté une résolution dans laquelle ils appelaient «une nouvelle fois à une transparence accrue quant à l’indemnité de frais généraux, s’inspirant des bonnes pratiques des délégations nationales au Parlement et dans les États membres».

Antonio Tajani, président du Parlement européen, a expliqué à nos collègues italiens d’Il Fatto Quotidiano qu’il avait déjà, il y a quelques semaines, sollicité un projet de réforme en interne afin de «mettre à jour la liste des dépenses remboursables et d’appliquer les règles actuelles et les bonnes pratiques». Une réunion a eu lieu le 12 juin pour établir un groupe de travail à cette fin.

Il reste à prouver si de simples recommandations suffisent. Les députés européens sont clairement divisés sur la question de la transparence. Et le MEPs Project a révélé des abus, partout en Europe, liée à l’utilisation non-contrôlée de l’indemnité de frais généraux.

En Autriche, l’adresse donnée à notre collègue de l’ORF par Paul Rübig (PPE) est celle d’une usine dont il serait l’un des propriétaires. La journaliste n’a trouvé aucune trace du bureau en lui-même. Paul Rübig a ensuite communiqué une adresse différente. En Lituanie, Viktor Uspaskich (ALDE) a renseigné une adresse correspondant à l’ancien QG de son parti. Une fois sur place, notre collègue fut informé par l’administration du parti qu’il n’y avait aucun bureau pour le député.

En Espagne, un représentant du parti de gauche Izquierda Unida a dit à nos collègues d’El Confidencial: «nous donnons juste les 4000€ au parti et ils gèrent l’argent.»

Peu d’eurodéputés remboursent volontairement au Parlement européen les montants qu’ils n’ont pas déboursés. Le député finlandais Hannu Takkula (ALDE) a expliqué aux journalistes d’YLE qu’il avait tenté de rembourser 800 euros au Parlement en 2015 mais l’administration lui avait alors répondu qu’il n’y avait pas lieu de rendre l’argent.

Fin mai, le directeur de l’OLAF, l’office de lutte anti-fraude européen, déclarait avoir 47 enquêtes en cours visant les institutions européennes. La plupart d’entre elles concernent le Parlement, notamment les diverses dépenses des élus du Front National.

«Je pense que nous devons changer la situation», a déclaré Antonio Tajani durant un live chat sur la page Facebook du Parlement, un jour après la publication de l’enquête du MEPs Project.

* Les informations complémentaires peuvent être envoyées au MEPs Project en contactant directement les journalistes: leurs adresses sont disponibles ici.

** Plus d’informations sur ces votes, notamment si le député a suivi ou non la ligne de son parti, sont disponibles sur le site Vote Watch.

 

Le MEPs Project a reçu un financement du fonds européen pour le journalisme d’investigation, Journalismfund.eu