Justice / La tapette de Juncker

Thierry Nelissen / L e drame se joue dans un bistro de cette ville frontière, éphémère chef-lieu du grand Luxembourg, dont la Knippchen figure dans la chanson fondatrice de la langue de Dicks. On sait toujours y festoyer, au pied de la colline. Parmi les fêtards, ce vieux baroudeur, né barbu, connu comme le loup blanc de Remich à Liège. Celui-la même dont la prose suscite envie de lecture et relecture d’un autre familier de la Ville, le Premier ministre Bettel, sans que jamais l’auteur ne lui cède. Mais l’odeur de l’encre fraîche ne flotte pas; plutôt celle du vieil Orval.

Arrive dans la taverne un couple de policiers, à la recherche d’une dame, dont ils exhibent la photo. Intimidés peut-être, par tant de sagesse réunie autour du zinc? Puisque barbichette rime avec tapette, le reporter passionné, et pensionné, rassure le jeune en uniforme en lui caressant vigoureusement la joue. Las! Pas apaisé pour un sou, le novice déclarera plus tard avoir été littéralement humilié, traumatisé à l’idée de retourner encore faire son devoir dans un estaminet.

Car procès il y aura! Se sentant outragé, le policier lance la procédure. Entendu au commissariat, l’agresseur présumé balaie virilement la joue d’une policière pour documenter son geste. Aux juges belges, il expliquera qu’au Grand-Duché, ce geste de sympathie est habituel, comme en témoigne cette gifle célèbre de Jean-Claude Juncker à Jean Asselborn lors d’un sommet européen. Bel argument: le souffleteur vient d’être acquitté en appel. Pas sûr, hélas, que la jurisprudence autorisera à caresser impunément la joue des policiers.