Entretien avec Marc Saluzzi, président de l’Alfi
Vigilance, travail et ouverture sur les marchés extra-européens. Voilà les grands thèmes que va développer l’Alfi lors de sa traditionnelle conférence de rentrée qui se tient ces 12 et 13 septembre.
Comment se porte, en cette rentrée, l’industrie des fonds au Luxembourg et comment voyez-vous son évolution pour les mois à venir?
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Marc Saluzzi: «L’industrie se porte relativement bien. Nous avons augmenté nos actifs de 300 milliards en 2012, dont 120 milliards d’argent frais. Pour 2013, sur les 7 premiers mois de l’année, on en est déjà à 140 milliards d’euros de souscriptions nettes, ce qui nous place très bien en Europe. Nous sommes le domicile qui attire le plus d’investisseurs en Europe.
L’autre motif de satisfaction, c’est que l’on attire toujours plus de promoteurs sur la Place, des acteurs venant de pays traditionnels comme la France, la Belgique par exemple, mais aussi de pays nouveaux et qui font confiance au Luxembourg pour mettre en œuvre leurs politiques de distribution. On parle de pays d’Asie ou d’Amérique latine. Cela pose les jalons d’une croissance à venir. Ici aussi, on peut être satisfait.
Le troisième indicateur qui pour nous est intéressant concerne les prestataires de services présents sur la Place de Luxembourg (banques dépositaires, agents de transferts, firmes de conseil, etc.). Tous augmentent leurs contributions à leurs groupes et maisons-mères respectifs. Etant donné l’expérience accumulée ici, on peut jouer un rôle important dans les groupes. Nous avons des choses, une expertise qui n’existe pas ailleurs. Ce qui contribue à une activité renforcée au sein des prestataires. C’est aussi un relais de croissance, c’est positif pour la Place à long terme.
Mais, tout cela reste très fragile. On l’a vu du point de vue des chiffres lorsque les marchés ont, en juin dernier, mal réagi aux déclarations de Ben Bernanke, le patron de la FED. Et on a perdu sur un mois 97 milliards d’euros d’actifs. Il faut rester vigilant.
On est toujours dans le «so far, so good», c’est-à-dire des résultats encourageants mais qui peuvent s’inverser sous l’effet du marché ou d’une réglementation inadaptée.
Ces bons résultats actuels ne doivent donc pas être fantasmés et être pris avec prudence.»
Où en êtes-vous dans l’accomplissement de votre plan stratégique dévoilé il y a maintenant 2 ans? Et quelles sont vos priorités pour les mois à venir?
M. S.: Il y a des sujets sur lesquels on a beaucoup travaillé et sur lesquels on a obtenu des résultats concrets.
Parmi ceux-ci, il y a la transposition de la directive AIFM. Même si le texte n’était pas bien écrit et que nous n’avons reçu de la Commission les mesures de niveau 2 que tardivement, nous avons réussi à faire voter notre «package alternatif» comme je l’appelle, qui comprend la transposition de la directive, l’instauration du limited partnership et le régime fiscal des carried interest – ndlr: le mode de rémunération classique des gestionnaires de fonds alternatifs –. Maintenant, nous travaillons avec la CSSF pour fournir un maximum d’informations aux acteurs de la Place, afin qu’ils tirent le meilleur profit de cette nouvelle réglementation.
Pour en connaître l’impact sur la Place, il faudra attendre le premier trimestre 2014. Les opérateurs ont en effet un an pour s’adapter.
Le deuxième grand axe de notre plan stratégique concernait le développement de l’activité d’investissement responsable. Sur ce point, on est en place. On a installé un comité technique, on organise désormais une conférence annuelle et les textes européens vont dans l’esprit de ce que l’on veut faire. Les outils étant en place, il ne reste plus qu’à travailler pour convaincre les acteurs de venir plus ici.
Voici les «Mutual recognition
agreements»
Les trois autres sujets de notre plan stratégique – la veille réglementaire, la problématique de la distribution transfrontalière et faire du Luxembourg le lieu de choix pour l’industrie – restent à l’agenda mais nécessitent des actions sur le long terme.
En ce qui concerne la distribution transfrontalière, nous allons devoir tenir compte d’un nouveau développement: les mutual recognition agreements. De plus en plus de pays que nous visitons souhaitent en retour de l’accès à leurs marchés pour nos fonds Ucits l’ouverture de nos marchés pour leurs produits.
AIFMD ouvre la porte en théorie à ces acteurs non européens. Il sera important de s’assurer que la Commission n’octroiera pas cela sans contrepartie.
On va devoir travailler dans un nouveau cadre. C’est extrêmement intéressant pour nous et cela nous permettra de vendre nos Ucits aux systèmes de pension de ces pays. Bien maîtrisés, ces mutual recognition agreements peuvent réorienter la distribution transfrontalière.
Sur le thème de «Luxembourg, juridiction de choix de l’industrie», les actions se font au jour le jour. Désormais, notre discours est plus complet. Outre le fait de proposer aux acteurs de l’industrie de venir s’installer ici, on est également capable de leur apporter des solutions afin de servir l’industrie non luxembourgeoise à partir de la Place. C’est une source de développement à ne pas négliger.»
Les questions réglementaires (Fatca, Taxe sur les transactions financières…) restent au cœur de vos préoccupations. Où en êtes vous sur ce point et prévoyez-vous un nouvel impact réglementaire pour votre industrie?
M. S.: Notre capacité à attirer plus d’acteurs et plus d’activité au Luxembourg dépend de l’environnement réglementaire. En direct ou par le biais de l’Efama (l’Association européenne des fonds d’investissements), nous avons régulièrement, avec les pouvoirs publics, des discussions sur les sujets qui peuvent avoir un impact sur notre place.
C’est le cas pour la taxe sur les transactions financières annoncée au début de l’année. Si elle devait passer dans sa forme actuelle, l’impact pour nous serait important.
Heureusement, nous avons réussi à réduire la pression sur le sujet. Le fait que les discussions se perdent en conjectures pour le moment nous réjouit. Il sera dur d’éviter une taxe. Mais la taxe telle qu’imaginée par la Commission a du plomb dans l’aile (voir par ailleurs ci-dessous).
Sur Fatca, le gouvernement a fait un bon travail avec le support de l’Alfi et de l’ABBL. On est actuellement en fin de discussion et on pense avoir obtenu un dispositif qui nous permettra de limiter les effets négatifs et de distorsion de concurrence. Il ne reste plus qu’à signer cet accord finalisant le choix du modèle d’échange d’information avec l’administration fiscale américaine et son application au Luxembourg.
Le troisième gros dossier en cours concerne les discussions autour de Ucits V. Et plus particulièrement le sujet de la rémunération des gestionnaires. L’Europe voulait appliquer les règles en vigueur pour le monde bancaire, et notamment la limitation des bonus. Ce qui n’est pas pertinent pour notre industrie. On a réussi à éviter cela mais le Parlement européen doit encore donner son avis. Rien n’est réglé.
Le 4 septembre dernier, le Conseil et la Commission ont dévoilé leur projet de réglementation des fonds monétaires (money market funds). Ces fonds sont très importants pour le financement à court terme de l’économie, or le projet menace leur existence.La Commission n’a pas souhaité interdire les fonds à valeurs liquidatives stables. Mais elle a créé des contraintes supplémentaires. Idem pour les fonds à valeurs variables. On espère avoir la possibilité de rediscuter cela avec le Conseil et la Commission. Il y a encore un long degré d’insatisfaction pour l’industrie et matière à renégociation.
Il s’agit d’un sujet extrêmement important. Au niveau de l’industrie des Ucits, on a entre 10% et 15% des actifs qui sont dans des fonds monétaires. Toute modification de la façon dont ces fonds opèrent peut être destructrice. On reste donc vigilant.
Bref, en matière réglementaire, on a un agenda riche et lourd.»
Propos recueillis
par Marc Fassone
L’evenement
La conférence de septembre de l’Alfi, qui se tient les 12 et 13 septembre, est traditionnellement dédiée à la distribution. Cette année, l’association a voulu faire venir encore plus d’acteurs des grands pays de distribution extra-européens. Outre les associations sœurs des Etats-Unis et de Hong Kong, l’Alfi a invité son homologue brésilienne, avec laquelle elle souhaite organiser un partenariat à long terme.
En termes de participation, on est peu ou prou, au dernier pointage, au même niveau que l’année dernière, «ce qui n’est pas mal compte tenu que nous avons dû avancer d’une semaine notre conférence pour faire de la place à la conférence IOSCO (International organization of securities commissions) qui aura lieu les 18 et 19 septembre prochains», souligne Marc Saluzzi.
L’Alfi attend ainsi 655 participants – ils étaient 634 l’an dernier –et 38 exposants, soit trois de moins que l’an passé.
Mort-nee?
La taxe sur les transactions financières (TTF), voulue par 11 pays membres de l’Union, mais que le Luxembourg rejette, risque bien de rester dans les cartons.
La proposition de la Commission faite aux 11 pays volontaires prévoit que ladite taxe pourra être prélevée sur toute transaction financière, à partir du moment où l’une des parties est domiciliée dans un des 11 pays participants. Or, selon un document interne du Conseil européen qui a fuité, ce dispositif conduirait en effet les pays participants «à exercer leur juridiction sur des entités localisées en dehors de la zone concernée par la législation», une action juridiquement injustifiée. De plus, une distorsion dans les mouvements de capitaux est à craindre. Ce qui est contraire au droit européen. La Commission a réagi à la fuite en affirmant que «la TTF est légalement solide et respecte les traités européens et la législation fiscale internationale». La Commission se dit en désaccord avec l’analyse du Conseil. Voilà qui risque de rallonger les débats.
Rappelons que le Royaume-Uni et le Luxembourg ont, de leur côté, déposé un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne contre le projet.
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