Les jours «pour» Marie-Anne Lorgé

«Chaque jour, il trébuche sur le carrelage ébréché de la même marche, et chaque jour il s’en étonne». «Il», c’est Arthur Mineur, un auteur raté, le héros du roman hilarant d’Andrew Sean Greer (Prix Pulitzer), du genre à consulter la liste des causes méritant que le jour se lève. A l’exemple du 14 mars: la Journée mondiale du nombre Pi – une idée fomentée par des matheux facétieux, obsédés par les décimales qui se cachent derrière la virgule du fameux 3,1416.

Quant au 15 mars, c’est avis de tempête. Avec grève pour le climat montée en neige par des jeunes renonçant à leurs cahiers tant qu’une réponse ne leur est pas donnée: «pourquoi faudrait-il étudier pour construire un futur qui n’existera plus si personne ne fait rien pour le sauver?»

En arrivant au 20 mars, on a droit à une liste à choix multiples. Avec pas moins de sept journées «pour», en vrac, le moineau, le macaron, la santé bucco-dentaire, les alternatives aux pesticides, le bonheur et la francophonie. Le 21 mars bat des records, mettant sur le même pied neuf espèces en péril, dont la marionnette, la poésie et… le rangement de bureaux. Ça sent le printemps. Et justement, si l’hirondelle ne le fait toujours pas, le 21 mars ne le fait désormais plus. Du moins, plus avant 2102. Il faut donc s’y habituer, le 20 mars, «le printemps est venu, comment, nul ne l’a su».