Jeune, carriéristeet… opportuniste / Election de Sebastian Kurz en Autriche

 Danièle Fonck /Décidément, le jeunisme est à la mode chez les électeurs européens. A tel point que l’Autriche est sur le point de se doter du plus jeune Premier ministre du monde, Sebastian Kurz en l’occurrence, le leader du très conservateur ÖVP, le Parti populaire autrichien. Avec ses 31,7% de voix, l’ÖVP a, en effet, raflé la mise lors des législatives anticipées de dimanche, reléguant les socialistes du SPÖ et ses 26,9% sur la deuxième marche du podium, ce qui en soi, étant donnée la tendance européenne, n’est pas si mal que cela.

Théoriquement donc, les deux partis pourraient prolonger la grande coalition nouée lors du scrutin précédent, théoriquement, parce que le torchon brûle entre eux. Se voulant le symbole du renouveau, l’ambitieux Kurz, jeunesse oblige, comme Macron en France, a fait savoir à qui voulait l’entendre qu’il fallait en finir avec l’immobilisme bipartisan. Ceci pour cacher qu’en réalité, les divergences entre l’ÖVP et le SPÖ sont de taille, ne serait-ce que sur le point phare du programme de Kurz, à savoir l’immigration.

L’ÖVP de Kurz a, en effet, en partie pour marcher sur les plates-bandes de l’extrême droite – le FPÖ de Heinz-Christian Strache ayant raté d’un cheveu la présidence du pays en décembre 2016 –, fait sa campagne essentiellement autour des méfaits de l’immigration. A l’instar d’un FPÖ qui, quoique troisième dimanche dernier, a tout de même rassemblé 26% des voix sous sa bannière, en martelant les mêmes mots d’ordre xénophobes que Kurz. Ce qui fait que les électeurs, apeurés par l’afflux de migrants, poussent aujourd’hui Kurz et Strache à convoler dans le prochain gouvernement.

Or, qu’un Strache soit hostile aux migrants est inscrit dans l’ADN du FPÖ. Il en va autrement pour Kurz qui, il n’y a pas si longtemps, tenait un discours diamétralement opposé à celui d’aujourd’hui. Quand, par exemple, en 2013, le jeune loup avait été propulsé à la tête du ministère des Affaires étrangères et qu’il était également responsable de la politique d’intégration, il martelait encore haut et fort que l’islam appartenait à l’Autriche.

Les oreilles des xénophobes du FPÖ ont dû siffler à ce moment-là, d’autant que Kurz avait enfoncé le clou en affirmant que l’immigré moyen était mieux éduqué que l’Autrichien moyen…

Kurz était, à l’époque, comme bien des barons de son parti, mû par une certaine charité sociale-chrétienne lui interdisant de traiter de «moins-que-rien» les migrants. Charité qu’il a eu vite fait de sacrifier, quand il s’est rendu compte que les élections ne se gagnent que si l’on caresse, comme le FPÖ le fait depuis longtemps, dans le sens du poil la sensibilité populaire. Et voilà que l’ambitieux Kurz s’est mué en fer de lance du populisme nationaliste.

Pari gagné. Dans un pays de plus en plus dominé par un sentiment de rejet de l’autre, les électeurs se sont laissé facilement convaincre par l’insolite cocktail de Kurz où se mêlent jeunesse, carriérisme et opportunisme politique.

Pauvre Autriche!