Jeu dangereux / Kurdistan syrien

Jacques Hillion / Alors que les ruines de Daech sont encore fumantes, la Turquie d’Erdogan ouvre un nouveau front en Syrie en attaquant, avec l’aide de l’Armée syrienne libre, l’enclave kurde d’Afrin.

Cette nouvelle bataille d’une guerre aux multiples fronts qui s’éternise depuis six ans n’en est pas moins périlleuse, car elle fait craindre la contagion.

L’opération «Rameau d’olivier» – on notera le cynisme de ce nom – vise officiellement à «tuer dans l’œuf» la volonté américaine de créer une force frontalière entre la Syrie et la Turquie composée pour une bonne part des Forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG).

Ankara considère les YPG comme des «terroristes» puisqu’elles sont affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en guerre depuis trente ans contre l’Etat turc et classé par la Turquie
et une bonne partie de la
communauté internationale comme une organisation
terroriste.

La bataille en cours pourrait dès lors apparaître comme un conflit régional si ce n’est que les YPG sont les alliées des Occidentaux en Syrie et qu’elles sont directement soutenues par les Etats-Unis pour combattre l’Etat islamique (EI).

Mais la Turquie défend surtout ses intérêts stratégiques. En effet, elle craint principalement la formation au Rojava, à sa frontière donc, d’une entité kurde indépendante à même de s’allier aux Kurdes d’Irak qui ont, eux, gagné leur autonomie.

Toujours est-il que la Syrie apparaît dès lors comme le champ des autres puisque sunnites et chiites s’y opposent mais aussi l’Arabie saoudite et l’Iran, la Russie et les Etats-Unis et maintenant les Turcs et les Kurdes. Dans ce dernier cas et par belligérants interposés, ce sont les deux plus importantes armées de l’Otan qui s’affrontent. De ces grands mouvements qui se dessinent et qui complexifient encore un peu plus la situation en Syrie, ce sont bel et bien les Kurdes qui risquent d’en subir les conséquences.

En effet, si la Turquie peut attaquer la région d’Afrin avec l’aval de la Russie, celle-ci n’a que peu d’intérêt stratégique pour Washington qui entretient, par contre, quelque 2.000 hommes au sein des régions kurdes de Kobané et de Jaziré, là même où se concentre le gros des forces des YPG.

Les placides appels à la retenue de la communauté internationale laissent finalement les mains libres à une Turquie qui profite du fait que
Moscou et Washington se
regardent en chiens de faïence pour faire le ménage à sa frontière.